‹ uvres complètes de P. Corneille (volume 2)Chapitre 88 sur 1093 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PYMANTE, DORISE

DORISE

Je te le dis encor, tu perds temps à me suivre ; Souffre que de tes yeux ta pitié me délivre. Tu redoubles mes maux par de tels entretiens.

PYMANTE

Prenez à votre tour quelque pitié des miens. Madame, et tarissez ce déluge de larmes : Pour rappeler un mort ce sont de faibles armes ; Et, quoi que vous conseille un inutile ennui , Vos cris et vos sanglots ne vont point jusqu'à lui.

DORISE

Si mes sanglots ne vont où mon cœur les envoie ,

Du moins par eux mon âme y trouvera la voie :

S'il lui faut un passage afin de s'emoler.

Ils le lui vont ouvrir en le fermant à l'air.

Sus donc, sus, mes sanglots, redoublez vos secousses:

Pour un tel désespoir vous les avez trop douces ;

Faites pour m'étouffer de plus puissants efforts.

PYMANTE

Ne songez plus, madame, à rejoindre les morts; Pensez plutôt à ceux qui n'ont point d'autre envie Que d'employer pour vous le reste de leur vie ; Pensez plutôt à ceux dont le service offert Accepté vous conserve , et refusé vous perd.

DORISE

Crois-tu donc, assassin, m'acquérir par ton crime." Qu'innocent méprisé , coupable je t'estime ? A ce compte , tes feux n'ayant pu m'émouvoir. Ta noire perfidie obtiendrait ce pouvoir! Je chérirais en toi la qualité de traître ! Et mon affection commencerait à naître Lorsque tout l'univers a droit de te haïr !

PYMANTE

Si j'oubliai l'honneur jusques à le trahir;

Si, pour vous posséder, mon esprit, tout de flamme,

IN'a rien cru de honteux , n'a rien trouvé d'infâme ,

Voyez par là , voyez l'excès de mon ardeur;

Par cet aveuglement jugez de sa grandeur.

DORISE

Non , non , ta lâcheté , que j'y vois trop certaine , N'a servi qu'à donner des raisons à ma haine. Ainsi ce que j'avais pour toi d'aversion Vient maintenant d'ailleurs que d'inclination ; C'est la raison , c'est elle à présent qui me guide Au mépris que je fais dos flammes d'un perfide.

PYMANTE

Je ne sache raison cpii s'oppose à mes vœux ,

ùi

CLlTAiNDRE, ACTE IV, SCÈNE m.

Puisqu'ici la raison n est que ce que je veux, Et, ployant dessous moi, permet à mon envie De recueillir les fruits de vous avoir servie. 11 me faut des faveurs malgré vos cruautés.

DOBISE.

Exécrable ! ainsi donc tes désirs effrontés Voudraient sur ma faiblesse user de violence?

PYMANTE

Je ris de vos refus , et sais trop la licence Que me donne l'amour en cette occasion.

DORiSE , lui crevant l'œil de son aiguille. Traître! ce ne sera qu'à ta confusion.

PYMANTE , portant les mains à son œil crevé. Ah, cruelle!

DORISE

Ah, brigand!

Ah ! que viens-tu de faire 7

DOBISE.

De punir l'attentat d'un infâme corsaire. PYMANTE , prenant son épée dans la caverne où il

l'avait jetée au second acte.

Ton sang m'en répondra ; tu m'auras beau prier, Tu mourras.

DOBISE, à part.

Fuis , Dorise , et laisse-le crier.

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