HÉRACLIUS, ACTE IV, SCÈNE IV
Tu recouvres deux fils pour mourir après toi , Et je n'en puis trouver pour régner après moi ! Qu'aux lionneurs de ta mort je dois porter envie, Puisque mon propre fils les préfère à sa vie ' !
PHOCAS, HÉRACLIUS, MARTIAN, CRISPÉ, EXTJPÈRE, LÉOINTIINE.
CRISPE , à Phocas.
Seigneur, ma diligence enfin a réussi : J'ai trouvé Léontine, et je l'amène ici. PHOCAS, à Léontine.
Approche, malheureuse.
HÉRACLIUS, à Léontine.
Avouez tout , madame.
J'ai tout dit.
LÉONTINE , à Héraclius.
Quoi, seigneur?
PHOCAS
Tu l'ignores , infâme !
Qui des deux est mon fils?
LÉONTINE
Qui vous en fait douter ?
HÉKACLius , à Léontine.
Le nom d'Héraclius que son fils veut porter : 11 en croit ce billet et votre témoignage ; Triais ne le laissez pas dans l'erreur davantage.
PHOCAS
N'attends pas les tourments , ne me déguise rien. M'as-tu livré ton fils ? as-tu changé le mien ?
LÉONTINE
Je t'ai livré mon fils ; et j'en aime la gloire. Si je parle du reste , oseras-tu m'en croire ? Et qui t'assurera que pour HéracIius:, Moi qui t'ai tant trompé , je ne te trompe plus ?
PHOCAS
K'importe, fais-nous voir quelle haute prudence En des temps si divers leur en fait confidence , A l'un depuis quatre ans, à l'autre d'aujourd'hui.
• Ces deux derniers vers, faibles et languissants, gàlent la tirade; il fallait, comme Caldéron, iiuir à para morir dos. D'ailleurs les honneurs de la mort n\st pas juste; vioiijils jiréfire les honneurs de la mort à la vie. Y a-t-il eu dans Maurice de l'honneur à mourir? quels honneurs a-t-il eus? Il n'y a de beau que le vrai exprimé clairement. (V.)
* Toute cette scène de Léontine est très-belle en son genre ; car Léuntine dit tout ce qu'elle doit dire, et le dit de la manière la plus imposante. La seule chose qui puisse faire de la peine, c'est (jue cette Léontine , qui semljlait , dès le second acte , conduire l'action, qui voulait qu'on se reposât de tout sur elle, n'agil point dans la pièce; et c'est ce que nous examinerons Sùrîont nu cinquième acte. (V.)
LEONTINE.
Le secret n'en est su ni de lui , ni de lui ;
Tu n'en sauras non plus les véritables causes :
Devine , si tu peux , et choisis, si tu l'oses.
L'un des deux est ton fils, l'autre est ton empereur. Tremble dans ton amour, tremble dans ta fureur. Je te veu.x toujours voir, quoi que ta rage fasse , Craindre ton ennemi dedans ta propre race , Toujours aimer ton fils dedans ton ennemi , Sans être ni tyran , ni père qu'à demi. Tandis qu'autour des deux tu perdras ton étude , Mon âme jouira de ton inquiétude ; Je rirai de ta peine ; ou , si tu m'en punis , Tu perdras avec moi le secret de ton fils.
PHOCAS
Et si je les punis tous deux sans les connaître , L'un comme Héraclius , l'autre pour vouloir l'être?
LÉONTINE
Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son sceptre en se coupant le bras , Et de la même main son ordre tyrannique • Venger Héraclius dessus son fils unique.
PHOCAS
Quelle reconnaissance , ingrate ! tu me rends Des bienfaits répandus sur toi , sur tes parents , De t'avoir confié ce fils que tu me caches , D'avoir mis en tes mains ce cœur que tu m'arraches, D'avoir mis à tes pieds ma cour qui t'adorait! Rends-moi mon fils , ingrate.
LÉONTINE
Ilra'endésavoûrait; Et ce fils , quel qu'il soit , que tu ne peux connaître , A le cœur assez bon pour ne vouloir pas l'être. Admire sa vertu qui trouble ton repos.
C'est du fils d'un tyran que j'ai fait ce héros ; Tant ce qu'il a reçu d'heureuse nourriture ^ Dompte ce mauvais sang qu'il eut de la nature ! C'est assez dignement répondre à tes bienfaits Que d'avoir dégagé ton fils de tes forfaits . Séduit par ton exemple et par sa complaisance , Il t'aurait ressemblé, s'il eiU su sa naissance : Il serait lâche , impie , iniiumain comme toi ^!
' Un ordre n'a point de main , et la phrase est trop incorrecte ije verrai Phocas se couper le bras, et son ordre venger Héraclius de la même main .' (V.)
^ Ce terme , nourriture, mérite d'être en usage; il est Irègsupérieur à éducation, qui, étant trop long et composé de syllabes sourdes, ne doit pas entrer dans un vers. (V.)
3 Remarquez que, dans le cours de la pièce, l'hocas n'a été ni lâche, ni impie, ni inhumain : ces injures vagues scnlcnl trop la déclamation ; et, encore une fois, une domestique ne parle point ainsi à un empereur dans son propre palais. Qu'il sérail beau de faire sous-entendre toutes les injures que disent Lconline et Pulcliérie, au lieu de les dire! que ce ménagement serait fouchant et plein de force ! Mais que ce vers est beau : c\st dujili