EXUPÈRE, LÉONTINE
EXUPÈRE
On ne peut nous entendre ''. Il est juste , madame , Que je vous ouvre enfin jusqu'au fond de mon âme ; C'est passer trop longtemps pour traître auprès de Vous haïssez Phocas ; nous le haïssons tous... [vous.
LÉONTINE
Oui , c'est bien lui montrer ta haine et ta colère ,
d'un li/mn que j'ai fait ce héros! Il est un peu gâté par les iK'UX vers faibles qui le suivent. (V.)
• On dit indifft'remment(/6»/set doi, voiselvoi, crois etcroi, fuis et/ai, prends etpren, rends et ren, dis et di, avertis et averti; mais il n'est pas d'usage d'y comprendre -.je suis, je puis, oxxjc peux; on ne peut dire : je pui,je peu, je sui, et toutes les fois que la terminaison est sans s, on ne peut y en ajouter une; il n'est pas permis de dire .je donnes, je soupires, je trembles. (V.)
^ Peu de jour pour un discernement , quelques moments en garde, sont de petits défauts; le plus grand, si je ne me trompe, c'est que Léontine et cet Exupère traitent toujours un empereur éclairé et redoutable comme on traite un vieillard de comédie qu'on fait donner dans tous les panneaux. (V.)
^ Comment ce subalterne peut-il faire entendre que l'affaire l'intéresse particulièrement? quel autre intérêt peut-il être supposé y prendre devant Phocas , que l'intérêt d'o!)éir à son maître? mais il répond à sa pensée, il entend qu'il y va de sa vie, s'il ne vient à bout de trahir Phocas. (V.)
4 Lt'wôfrt' est incorrect et comique : il est incorrect, parce que ce nôt7-e ne se rapporte à rien ; il est comique , parce que le îiùtre est familier, et qu'un prince, qui veut dire : peut-être qu'en/inje découvrirai monjits, ne dit point, en changeant tout d'un coup le singulier en pluriel : nous trouverons le nôtre. (V.)
5 Fous autres ne se dit point dans le style noble. (V.)
*• Quoi ! ils sont dans la cliambre même de l'empereur, et on ne peut les entendre! (V.)
Que lui vendre ton prince et le sang do ton père.
EXUPÈRE
L'apparence vons trompe , et je suis en effet. . . .
LÉONTINE
L'homme le plus méchant que la nature ait fait '.
EXUPÈRE
Ce qui passe à vos yeux pour une perfidie....
LÉONTINE
Cache une intention fort noble et fort hardie!
EXUPÈRE
Pouvez-vous en juger, puisque vous l'ignorez .^
Considérez l'état de tous nos conjurés.
Il n'est aucun de nous à qui sa violence
N'ait donné trop de lieu d'une juste vengeance ' :
Et nous en croyant tous dans notre âme indignés ,
Le tyran du palais nous a tous éloignés.
Il y fallait rentrer par quelque grand service.
LÉONTINE
Et tu crois m'éblouir avec cet artifice ?
EXUPERE.
Madame, apprenez tout. Je n'ai rien hasardé. Vous savez de quel nombre il est toujours gardé; Pouvions-nous le surprendre , ou forcer les cohortes Qui de jour et de nuit tiennent toutes ses portes ? Pouvions-nous mieux sansbruit nous approcher de lui? Vous voyez la posture où j'y suis aujourd'hui ^ : Il me parle , il m'écoute , il me croit ; et lui-même Se livre entre mes mains , aide à mon stratagème. C'est par mes seuls conseils qu'il veut publiquement Du prince Héraclius faire le châtiment ; Que sa milice , éparse à chaque coin des rues . A laissé du palais les portes presque nues : .Te puis en un moment m'y rendre le plus fort; Mes amis sont tout prêts : c'en est fait, il est mort; Et j'userai si bien de l'accès qu'il me donne , Qu'aux pieds d'Héraclius je mettrai sa couronne.
' Ce n'est pas là, je crois , ce que Léontine devrait dire; 09 n'est pas là cette femme si adroite, si supérieure, qui se vantait de venir à bout de tout : il me semble qu'elle aurait dû, dans le cours de la pièce, faire l'impossible pour s'entendre avec Exupère. Elle a traité les deux princes comme des enfants; et Exupère , qui n'est qu'un subalterne, l'a traitée comme une petite tille : elle n'a point c.onlié son secret qu'elle devait confier, et Exupère ne lui a point dit le sien; c'est une conspiration dans la(|uelle personne n'est d'intelligence; et par cela seul, toute l'intrigue est peut-être hors de la vraisemblance.
Ce vers :
L'homme le plus m^cbaot que la nature uit fnit
est du ton de la comédie. (V.) — Mademoiselle Dumesnil, par la noblesse et la lierlé de son expression, rendait ce vers trèstragique. (P.)
* C'est un solécisme : on donne lieu à quelque chose , cl non de quelque chose ; il donne lieu à mes s<iup(;oHS , et non de 7)ies soupçons. Quand on met un de, il faut un verbe; il m'a donné lieu de le haïr; lieu est prosaiqui!. (V.)
^ Le mol de posture n'est pas assez noble. (V.)