CHŒUR DE NYMPHES, SUITE DE PHINEE. TIMANTE
Ah , seigneur ! ah , madame !
PHINÉE
Que nous veux-tu, Timante, et qui trouble ton ûme ?
TIMANTE
Le pire des malheuis.
PHINÉE
Le roi serait-il mort?
TIMANTE
Non , seigneur ; mais enfin le triste choix du sort Vient de tomber.... Hélas! pourrai-je vous le dire?
ANDROMÈDE
Est-ce sur quelque objet pour qui ton cœur soupire ?
TIMANTE
Soupirer à vos yeux du pire de ses coups ,
' Voici une de ces choses étrangeji que j'ai promis de remarquer; ce sont ces scènes de galanterie bourgeoise, aussi éloignées de la dignité de la tragédie que des grâces de l'opéra ; c'est cette Andromède qui demande à ses lilles d'honneur laquelle est amoureuse de Persée : c'est ce page qui cliante une chanson insipide; c'est Andromède qui rend sérénade pour sérénade; c'est : Jpprochcz , IJrùipe , et rendez-lui snyï change, etc. Il semble que tout cela ait été fait pour la noce d'un bour geois de la rue Thibautodé. Mais que l'on considère que les Français n'avaient aucun modèle dans ce genre; nous n'avons rien de supportable avant Quinault dans le lyrique. (V.)
N'est-ce pas dire assez qu'il est tombé sur vous ?
PHINÉE
Qui te fait nous donner de si vaines alarmes ?
TIMANTE
Si vous n'en croyez pas mes soupirs et mes larmes , Vous en croirez le roi , qui bientôt à vos yeux La va livrer lui-même aux ministres des dieux.
PHINÉE
C'est nous faire, Timante , un conte ridicule ; Et je tiendrais le roi bien simple et bien crédule , Si plus qu'une déesse il en croyait le sort.
TIMANTE
Le roi non plus que vous ne l'a pas cru d'abord ; Il a fait par trois fois essayer sa malice. Et Ta vu par trois fois faire même injustice ; Du vase par trois fois ce beau nom est sorti.
PHINÉE
Et toutes les trois fois le sort en a menti. Le ciel a fait pour vous une autre destinée ; Son ordre est immuable , il veut notre byménée; Il le veut , il y met le bonheur de ces lieux ; Et ce n'est pas au sort à démentir les dieux.
ANDROMÈDE
Assez souvent le ciel par quelque fausse joie Se plaît à prévenir les maux qu'il nous envoie ' ; Du moins il m'a rendu quelques moments bien doux Par ce flatteur espoir que j'allais être à vous. Mais puisque ce n'était qu'une trompeuse attente , Gardez mon souvenir, et je mourrai contente.
PHINÉE
Et vous mourrez contente! Et j'ai pu mériter Qu'avec contentement vous puissiez me quitter ! Détacher sans regret votre âme de la mienne! Vouloir que je le voie, et que je m'en souvienne! Et mon fidèle amour qui reçut votre foi Vous trouve indifférente entre la mort et m oi !
Oui, je m'en souviendrai, vous le voulez, madame; J'accepte le supplice où vous livrez mon âme : ÎSIais , quelque peu d'amour que vous me fassiez voir, T-e mien n'oublîra pas les lois de son devoir. Je dois malgré le sort Je dois malgré vous-même, Si vous aimez si mal , vous montrer comme on aime ,
■ Le plus grand fruit que l'on puisse recueillir de cette pièce , c'i'st d'en comparer les situations et les expressions avec celles (le VIphigénit de Racine. Iphigénie , dans les mêmes circonstances, dit à son amant :
Je meurs, dans cet espoir, snlisfaitc et tranquille;
Si je n'ai pas vécu la compagne d'Acliille,
J'espère que du moins un heureux avenir
A vos faits immortels joindra mon souvenir;
Kt qu'un jour mon trépas , source de votre gloire ,
Ouvrira le récit d'une si belle histoire.