SCÈNE ill
CARLOS
Consens-tu qu'on diffère , honneur? le consens-tu ?
Cet ordre n'a-t-il rien qui souille ma vertu?
N'ai-je point à rougir de cette déférence
Que d'un combat illustre achète la licence?
Tu murmures, ce semble ? Achève; explique-toi.
La reine a-t-elle droit de te faire la loi ?
Tu n'es point son sujet, l'Aragon m'a vu naître.
O ciel ! je m'en souviens ; et j'ose encor paraître !
Et je puis , sous les noms de comte et de marquis.
D'un malheureux pêcheur reconnaître le fils!
Honteuse obscurité , qui seule me fais craindre ! Injurieux destin, qui seul me rends à plaindre! Plus on m'en fait sortir, plus je crains d'y rentrer ; Et crois ne t'avoir fui que pour te rencontrer. Ton cruel souvenir sans fin me persécute ; Du rang où l'on m'élève il me montre la chute. Lasse-toi désormais de me faire trembler; Je parle à mon honneur, ne viens point le troubler. Laisse-le sans remords m'approcher des couronnes , Et ne viens point m'ôter plus que tu ne me donnes. Je n'ai plus rien à toi : la guerre a consumé Tout cet indigne sang dont tu m'avais formé; J'ai quitté jusqu'au nom que je tiens de ta haine , Et ne puis.... Riais voici ma véritable reine.