DON SANCHE, ACTE V, SCÈNE VU
D. LEONOB.
Don Sanche , voulez-vous être seul incrédule?
CARLOS
Je crains encor du sort un revers ridicule : Mais , madame , voyez si le billet du roi Accorde à don Raimond ce qu'il vous dit de moi. D. LÉONOB ouvre l'écrin , et en tire un billet qu'elle lit.
" Pour tromper un tyran je vous trompe vous-même « Vous reverrez ce fils que je vous fais pleurer : « Cette erreur lui peut rendre un jour le diadème; " Et je vous l'ai caché pour le mieux assurer.
<> Si ma feinte vers vous passe pour criminelle, « Pardonnez-moi les maux qu'elle vous fait souffrir, « De crainte que les soins de l'amour maternelle « Par leurs empressements le fissent découvrir.
« Nugne, un pauvre pêcheur, s'en croit être le père ; « Sa femme en son absence accouchant d'un fils mort, « Elle reçut le votre , et sut si bien se taire , « Que le père et le fils en ignorent le sort.
« Elle-même l'ignore ; et d'un si grand échange « Elle sait seulement qu'il n'est pas de son sang , « Et croit que ce présent, par un miracle étrange, <> Doit un jour par vos mains lui rendre son vrai rang.
« A ces marques, un jour, daignez le reconnaître ; « Et puisse l'Aragon , retournant sous vos lois , « Apprendre ainsi que vous, de moi qui l'ai vu naître, « Que Sanche , fils de Nugne , est le sang de ses rois !
« DON FEBNAND d'aBAGON. »
D. LÉONOB , après avoir lu.
Ah ! mon fils , s'il en faut encore davantage , Croyez-en vos vertus et votre grand courage.
CABLOS, à D. Léonor.
Ce serait mal répondre à ce rare bonheur Que vouloir me défendre encor d'un tel honneur. ( à D. Isabelle. ) Je reprends toutefois Nugne pour mon vrai père. Si vous ne m'ordonnez, madame, que j'espère.
C'est trop peu d'espérer, quand tout vous est acquis. Je vous avais fait tort en vous faisant marquis ; Et vous n'aurez pas lieu désormais de vous plaindre De ce retardement où j'ai su vous contraindre. Et pour moi , que le ciel destinait pour un roi , Digne de la Castille, et digne encor de moi , J'avais mis cette bague en des mains assez bonnes Pour la rendre à don Sanche, et joindre nos cou ronnes .
D. CABLOS.
Je ne m'étonne plus de l'orgueil de mes vreux Qui, sans le partager, donnaient mon cœur à deux ; Dans les obscurités d'une telle aventure , L'amour se confondait avccque la nature.