‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 114 sur 594 · LA CLÉMENCE D'AUGUSTE · texte numérisé non relu

LA CLÉMENCE D'AUGUSTE

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES

PERSONNAGES

OCTAVE-CÉSAR-ATJGUSTE, cmpereor de Rome- LIVIE, impératrice.

GINNA, fils d'ane fille de Pompée, chef de la conjuratioo

contre Angoste.

MAXIME, antre chef de la conjuration.

EMILIE^ fille de 0. Toranios, totenr d'Augnite, et proeerit

par lui durant le tiiomrirat- F U L V I E , confidente d'Emilie.

P 0 L Y C LÈT E , affranchi d*Anguf te. Ë V A N D R E , affranchi de Cinna. EUPHORBE, affranchi de Maxime.

La scène est à Rome.

à MONSIEUR DE MONTORON

MONSIEUB,

Je TOUS présente on tableau d'une des plus belles actions d'Auguste. Ce monarque était tout généreux , et sa générosité n'a jamais paru avec tant d'éclat que dans les effets de sa clémence et de sa libéralité. Ces deux rares vertus lui étaient si naturelles, et si inséparables en lui , qu'il semble qu'en cette histoire que j'ai mise sur notre théâtre , elles se soient tour à tour entre-produites dans nos âmes. Il avait été si libéral envers Gnna, que sa conjuration ayant fait voir une ingratitude extraordinaire, il eut besoin d'un extraordinaire effort de clémence pour lui pardonner : et le pardon qu'il lui donna fut la source de nouveaux bienfaits dont il lui fut prodigue, pour vaincre tout à fait cet esprit qui n'avait pu être gagné par les premiers ; de sorte qu'il est vrai de dire qu'il eût été moins clément envers lui s'il eût été moins libéral , et qu'il eût été moins libéral s'il eût été moins clément. Gela étant , à qui pourrais-je plus justement donner le portrait de l'une de ces héroïques vertus, qu'à celui qui possède l'autre en un si haut degré, puisque , dans cette action , ce grand prince les a si bien attachées et comme unies l'une à Tautre , qu'elles ont été tout ensemble et la cause et l'effet l'une de l'autre ? Vous avez des richesses , mais vous savez en jouir, et vous en jouissez d'une façon si noble, si relevée, et tellement illustre, que vous forcez la voix publique d'avouer que la fortune a eonsulté la raison quand elle a répandu ses faveurs sur vous , et qu'on a plus de sujet de vous en souhaiter le redoublement que de vous en envier l'abondance. J'ai vécu si éloigné de la flatterie, que je pense être en possession de me faire croire quand je dis du bien de quelqu'un; et lorsque je donne des louanges (ce qui m'arrive assez rarement), €est avec tant de retenue , que je supprime toujours quantité de glorieuses vérités , pour ne me rendre pas suspect d'étaler de ces mensonges obligeants que beaucoup de nos modernes savent débiter de si bonne grâce. Aussi je ne dirai rien des avantages de votre naissance , ni de votre courage, qui l'a si dignement soutenue dans la profession des armes, à qui vous avez donné vos premières années; ce sont des choses trop^nnues de tout le monde. Je ne dirai rien de ce prompt et puissant secours que reçoivent chaque jour de votre main

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