ACTE IV, SCENE I. <8I
AUGUSTE
Quoi! mes plus chers amis! quoi! Cinna! quoi! Maxime! Les deux que j'honorais d'une si haute estime, A qui j'ouvrais mon cœur, et dont j'avais fait choix Pour les plus importants et plus nobles emplois ! Après qu'entre leurs mains j'ai remis mon empire. Pour m'arracher le jour l'un et l'autre conspire ! Maxime a vu sa faute , il m'en fait avertir, Et montre un cœur touché d'un juste repentir; Hais Cinna!
EUPHORBE
Cinna seul dans sa rage s'obstine, Et contre vos bontés d'autant plus se mutine; Lui seul combat encor les vertueux efforts Que sur les conjurés fait ce juste remords ; Et, malgré les frayeurs à leurs regrets mêlées, Il tâche à raffermir leurs âmes ébranlées.
AUGUSTE
Lui seul les encourage , et lui seul les séduit! 0 le plus déloyal que la terre ait produit ! 0 trahison conçue au sein d'une furie ! 0 trop sensible coup d*une main si chérie ! Cinna, tu me trahis!... Polyclète, écoutez.
(UlmpftrleàroreiUfl.) POLYCLÈTE.
Tous VOS ordres. Seigneur, seront exécutés.
AUGUSTE
Qu'Éraste en même temps aille dire à Maxime Qu'il vienne recevoir le pardon de son crime.
(Polyclèta rentra.) EUPHORBE.
0 l'a jugé trop grand pour ne pas s'en punir.
A peine du palais il a pu revenir.
Que, les yeux égarés, et le regard farouche.
Le cœur gros de soupirs, les sanglots à la bouche ,
n déteste sa vie et ce complot maudit,
Ven apprend l'ordre entier tel que je vous l'ai dit
Et m'ayant commandé que je vous avertisse ,
n ajoute : c Dis-lui que je me fais justice ,
< Que je n'ignore point ce que j'ai mérité. »
Puis soudain dans le Tibre il s'est précipité ;
48Î CINNA
Et Feau grosse et rapide , et la nuit assez noire» M'ont dérobé la fin de sa tragique histoire.
AUGUSTE
Sous ce pressant remords il a trop succombé , Il s'est à mes bontés lui-même dérobé ; Il n'est crime envers moi qu'un repentir n*efface : Hais puisqu'il a Toulu renoncer à ma grâce , Allez poun oir au reste , et faites qu'on ait soin De tenir en lieu sûr ce fidèle témoin.