‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 151 sur 594 · LIVIE, AUGUSTE, CINNA, EMILIE, FULVIE · texte numérisé non relu

LIVIE, AUGUSTE, CINNA, EMILIE, FULVIE

LIVIE

Vous ne connaissez pas encor tous les complices ; Votre Emilie en est. Seigneur, et la voici.

ClNNA.

C*est elle-même , ô dieux !

AUGUSTE

Et toi, ma fille, aussi !

EMILIE

Oui , tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour me plaire, Et j'en étais. Seigneur, la cause et le salaire.

AUGUSTE

Quoi ! l'amour qu'en ton cœur j'ai fait naître aujourd'hui Temporte-t-il déjà jusqu'à mourir pour lui ! Ton âme à ses transports un peu trop s'abandonne. Et c'est trop tôt aimer l'amant que je te donne.

EMILIE

Cet amour qui m'expose à vos ressentiments

196 CINNA

N'est point le prompt effet de vos commandements :

Ces flammes dans nos cœurs sans votre ordre étaient nées,

Et ce sont des secrets de plus de quatre années;

Mais, quoique je Taimasse, et qu'il brûlât pour moi,

Une haine plus forte à tous deux fit la loi ;

Je ne voulus jamais lui donner d*espérance,

Qu'il ne m'eût de mon père assuré la vengeance ;

Je la lui fis jurer; il chercha des amis :

Le ciel rompt le succès que je m'étais promis,

Et je vous viens, Seigneur, offrir une victime;

Non pour sauver sa vie en me chargeant du crime,

Son trépas est trop juste après son attentat,

Et toute excuse est vaine en un crime d'État :

Mourir en sa présence, et rejoindre mon père.

C'est tout ce qui m'amène, et tout ce que j'espère.

AUGUSTE

Jusques à quand, 6 ciel, et par quelle raison Prendrez-vous contre moi des traits dans ma maison? Pour ses débordements j'en ai chassé Julie ; Mon amour en sa place a fait choix d'Emilie, Et je la vois comme elle indigne de ce rang. L'une m'ôtait l'honneur, l'autre a soif de mon sang; Et, prenant toutes deux leur passion pour guide. L'une fut impudique , et l'autre est parricide. 0 ma fiUe ! est-ce là le prix de mes bienfaits?

EMILIE

Ceux de mon père en vous firent mêmes effets.

AUGUSTE

Songe avec quel amour j'élevai ta jeunesse.

EMILIE

Il éleva la vôtre avec même tendresse;

D fut votre tuteur, et vous son assassin;

Et vous m'avez au crime enseigné le chemin :

Le mien d'avec le vôtre en ce point seul diffère.

Que votre ambition s'est immolé mon père ,

Et qu'un juste courroux dont je me sens brûler,

A son sang innocent voulait vous immoler.

LIVIE

C'en est trop, ÉmUie, arrête, et considère Qu'il t'a trop bien payé les bienfaits de ton père : Sa mort, dont la mémoire allume ta fureur,

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