‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 172 sur 594 · ACTE II, SCÈNE I. 22S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. 22S

L'hommage souyerain que Fon ya rendi*e aux dieux? Je ne t'ai point celé que c'est ce qui m'amène , Le reste est un prétexte à soulager ma peine; Je Tiens sacrifier ; mais c'est à ses beautés Que je yiens immoler toutes mes yolontés.

FABIAN

Vous la Terrez, Seigneur.

SÉyÈRE.

Ah ! quel comble de joie !

Cette chère beauté consent que je la yoie! Mais ai-je sur son âme encor quelque pouyoir? Quelque reste d'amour s'y fait-il encor voir? Quel trouble, quel transport lui cause ma venue? Puisje tout espérer de celle heureuse vue? Car je voudrais mourir plutôt que d'abuser Des lettres de faveur que j'ai , pour l'épouser; Elles sont pour Félix, non pour triompher d'elle : Jamais à ses désirs mon cœur ne fut rebelle; Et si mon mauvais sort avait changé le sien, Je me vaincrais moirméme , et ne prétendrais rien.

FABIAN

Vous la verrez, c'est tout ce que je vous puis dire.

SÉVÈRE

D'où vient que tu frémis, et que ton cœur soupire? Ne m'aime-t-elle plus? édaircis-moi ce point.

FABIAN

M'en croîrez-vous, Seigneur? ne la revoyez point; Portez en lieu plus haut l'honneur de vos caresses : Vous trouverez à Rome assez d'autres maîtresses; Et, dans ce haut degré de puissance et d'honneur, Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur.

SÉVÈRE

Qu'à des pensers si bas mon âme se ravale ! Que je tienne Pauline à mon sort inégale ! Elle en a mieux usé, je la dois imiter; Je n'aime mon bonheur que pour la mériter. Voyons-la, Fabian, ton discours m'importune; Allons mettre à ses pieds cette haute fortune : Je l'ai dans les combats trouvée heureusement^ En cherchant une mort digne de son amant; Ainsi ce rang est sien, cette faveur est sienne,

Et je n'ai rien enfin que d'elle je ne tienne.

FABIAN

Mon y mais encore un coup ne la revoyez point.

SÉVËRE.

Ah! c'en est trop, enfin éclaircis-moi ce point; Âs-tù TU des froideurs quand tu l'en as priée?

FABIAN

Je tremble à vous le dire ; elle est...

SÉYÉRB.

Quoi?

PABIAN.

Mariée*

SÉVÈRE

Soutiens-moi, Fabian; ce coup de foudre est grand. Et frappe d'autant pins, que plus il me surprend.

FABIAN

Seigneur, qu'est devenu ce généreux courage?

StVÈRE.

La constance est ici d'un difficile nsàge; De pareils déplaisirs accablent un grand cœur; La vertu la plus mâle en perd toute vigueur; Et, quand d'un feu si beau les Ames sont éprises, La mort les trouble moms que de telles surprises. Je ne suis plus à moi quand j'entends ce discours. Pauline est mariée !

FABIAN

Oui, depuis quinze jours; Polyeucte, un seigneur des premiers d'Arménie, Goûte de son hymen la douceur infinie.

SÉVÈRE. '

Je ne la puis du moins blâmer d'un mauvais choix ;

Polyeucte a du nom, et sori du sang des rois :

Faibles soulagements d'un malheur sans remède!

Pauline, je verrai qu'un autre vous possède!

0 ciel, qui malgré moi me renvoyez au jour,

0 sort, qui redonniez l'espoir à mon amour.

Reprenez la faveur que vous m'avez prêtée ,

Et rendez-moi la mort que vous m'avez ôtée !

Yoyons-la toutefois, et dans ce triste lieu

Achevons de mourir en lui disant adieu ;

Que mon cœur, chez les moris emportant son image 9

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