SCÈNE 11 SÉVÈRE, PAULINE, STRATONICE, FABIAN
PAULINE
Oui, je l'aime, Sévère, et n'en fais point d'excuse;
Que tout autre que moi vous flatte et vous abuse;
Pauline a l'âme noble , et parle à cœur ouvert.
Le bruit de votre mort n'est point ce qui vous perd;
Si le ciel en mon choix eût mis mon hyménée,
A vos seules vertus je me serais donnée.
Et toute la rigueur de votre premier sort
Contre votre mérite eût fait un vain effort;
Je découvrais en vous d'assez illustres marques
Pour vous préférer même aux plus heureux monarques :
Mais puisque mon devoir m'imposait d'autres lois.
De quelque amant pour moi que mon père eût fait choix,
Quand à ce grand pouvoir que la valeur vous donne
Vous auriez ajouté l'éclat d'une couronne,
Quand je vous aurais vu, quand je l'aurais haï,
J'en aurais soupiré, mais j'aurais obéi,
Et sur mes passions ma raison souveraine
Eût blâmé mes soupirs et dissipé ma haine.
SÉVÈRE
Que vous êtes heureuse! et qu'un peu de soupirs Fait un aisé remède à tous vos déplaisirs ! Ainsi, de vos désirs toujours reine absolue. Les plus grands changements vous trouvent résolue; De la plus forte ardeur vous portez vos esprits Jusqu'à l'indifférence, et peut-être. au mépris, Et votre fermeté fait succéder sans peine La faveur au dédain, et l'amour à la haine. Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu Soulagerait les maux de ce cœur abattu !