‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 196 sur 594 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

POLYEUCTE, PAULINE, gardes.

Madame, quel dessein vous fait me demander? Est-ce pour me combattre, ou pour me seconder? Cet effort généreux de votre amour parfaite Vient-il à mon secours, vient-il à ma défaite? Apportez-vous ici la haine, ou l'amitié. Comme mon ennemie, ou ma chère moitié?

PAULINE

Vous n'avez point ici d'ennemi que vous-même ;

Seul vous vous haïssez lorsque chacun vous aime;

Seul vous exécutez tout ce que j'ai rêvé :

Ne veuillez pas vous perdre, et vous êtes sauvé.

A quelque extrémité que votre crime passe.

Vous êtes innocent si vous vous faites grâce.

Daignez considérer le sang dont vous sortez,

Vos grandes actions, vos i-ares qualités;

Chéri de tout le peuple, estimé chez le prince.

Gendre du gouverneur de toute la province,

Je ne vous compte à rien le nom de mon époux :

C'est un bonheui- pour moi, qui n'est pas grand pour vous;

Mais après vos exploits, après votre naissance.

Après votre pouvoir, voyez notre espérance;

Et n'abandonnez pas à la main d'un bourreau

Ce qu'à nos justes vœux promet un sort si beau.

Je considère plus; je sais mes avantages.

Et l'espoir que sur eux forment les grands courages.

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