SCÈNE
POLYEUCTE, PAULINE, gardes.
Madame, quel dessein vous fait me demander? Est-ce pour me combattre, ou pour me seconder? Cet effort généreux de votre amour parfaite Vient-il à mon secours, vient-il à ma défaite? Apportez-vous ici la haine, ou l'amitié. Comme mon ennemie, ou ma chère moitié?
PAULINE
Vous n'avez point ici d'ennemi que vous-même ;
Seul vous vous haïssez lorsque chacun vous aime;
Seul vous exécutez tout ce que j'ai rêvé :
Ne veuillez pas vous perdre, et vous êtes sauvé.
A quelque extrémité que votre crime passe.
Vous êtes innocent si vous vous faites grâce.
Daignez considérer le sang dont vous sortez,
Vos grandes actions, vos i-ares qualités;
Chéri de tout le peuple, estimé chez le prince.
Gendre du gouverneur de toute la province,
Je ne vous compte à rien le nom de mon époux :
C'est un bonheui- pour moi, qui n'est pas grand pour vous;
Mais après vos exploits, après votre naissance.
Après votre pouvoir, voyez notre espérance;
Et n'abandonnez pas à la main d'un bourreau
Ce qu'à nos justes vœux promet un sort si beau.
Je considère plus; je sais mes avantages.
Et l'espoir que sur eux forment les grands courages.