‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 209 sur 594 · FÉLIX, ALBIN · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN

FÉLIX

Je me fais yiolence, Albin, mais je Tai dû; Ha bonté naturelle aisément m*eùt perdu. Que la rage du peuple à présent se déploie , Que Séyère en fureur tonne, éclate, foudroie, M*étant fait cet effort, j*ai fait ma sûreté. Mais n'es-tu point surpris de cette dureté? Vois-tu comme le sien des cœurs impénétrables , Ou des impiétés à ce point exécrables?

Du moins f ai satisfait mon esprit affligé : Pour amoUir son cœur je n'ai rien négligé; Tai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes, Et certes, sans Fhorreur de ses derniers blasphèmes^ Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi, Taurais eu de la peine à triompher de moi.

ALBIN

Vous maudirez peut-être un jour cette victoire , Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire. Indigne de Félix, indigne d'un Romain, Répandant votre sang par votre propre main.

FÉLIX

Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie; Hais lemr gloire en a crû, loin d'en être affaiblie; Et quand nos vieux héros avaient de mauvais sang. Ils eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc.

ALBIN

Votre ardeur vous séduit; mais, quoi qu'elle vous die. Quand vous la sentirez une fois refroidie. Quand vous verrez Pauline, et que son désespoir Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir...

FÉLIX

Tu me fois souvenir qu'elle a suivi ce traître,

Et que ce désespoir qu'elle fera paraître

De mes commandements pourra troubler l'effet.

Va donc, cours y mettre ordre, et voir ce qu'eUe fait;

Romps ce que ses douleurs y donneraient d'obstacle;

Tirola, si tu peux, de ce triste spectacle; Tûche à la consoler. Va donc; qui te retient?

ALBIN

Il n'en est pas besoin. Seigneur, elle revient*

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