‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 217 sur 594 · SCÈNE I PTOLOMÉE, PHOTIN, ACHILLAS/ SEPTIME · texte numérisé non relu

SCÈNE I PTOLOMÉE, PHOTIN, ACHILLAS/ SEPTIME

PTOLOMÉE

Le destin se déclare, et bous venons d'entendre.

Ce qu'il a résolu du beau-père. et du gendre.

Quand les dieux étonnés semblaient se partager,

Pharsale a décidé ce qu'ils n'osaient juger.

Ses ileuyes teints de sang , et rendus plus rapides

Par le débordement de tant de parricides;

Cet horrible débris d*aigles, d*armes, de chars,

Sur ses champs empestes confusément épars.

Ces montagnes de morts privés d'honneurs suprêmes,

Que la nature force à se venger eux-mêmes.

Et dont les troncs pourris exhalent dans les vents *

De quoi faire la guerre au reste des vivants ,

Sont les titres affreux dont le droit de l'épée.

Justifiant Gésar, a condamné Pompée.

Ce déplorable chef du parii le meilleur,

Que sa fortune lasse abandonne au malheur,

Devient un grand exemple, et laisse à la mémoire

Des changements du sort une éclatante histoire.

Il fuit, lui qui, toujours tiiomphant et vainqueur.

Vit ses prospérités égaler son grand cœur;

0 fuit, et dans nos poris, dans nos murs, dans nos villes.

Et, contre son beau-père ayant besoin d'asiles.

Sa déroute orgueilleuse en cherche aux mômes lieux

Où contre les Titans en trouvèrent les dieux :

U croit que ce climat, en dépit de la guerre.

Ayant sauvé le ciel, sauvera bien la terre

282 POMPÉE

Et, dans son désesfoir }i |a fii) ^ iyê)|]|^| Pourra prêter Fépaule au moiiidd chancelant Oui , Pompée avec lui porte le sort du monde , Et veut que notre Egypte, en miracles féconde. Serve à sa liberté de sépulcre ou d'appui , Et relève sa chute , ou trébuche sous lui. C*est de quoi, mes amis, nous avons à résoiudre. Il apporte en ces lieux les palmes, ou la foudre : S*il couronna le père, il hasarde le fils; Et, nous rayant donnée, il expose Memphis. Il faut le recevoir, ou hâter son supplice, Le suivre, ou le pousser dedans le précipice. L'un me semble peu sûr, Tautre peu généreux} Et je crains d'être injuste, ou d'être malheureux. Quoi que je fasse enfin, la fortune ennemie M'offre bien des périls , ou beaucoup d'infamie : C'est à moi de choisir; c'est à vous d'aviser A quel choix vos conseils me doivent disposer. Il s'agit de Pompée; et nous aurons la gloire D'achever de César ou troubler la victoire ; Et je puis dire enfin que jamais potentat N'eut à délibérer d'un si grand coup d'État.

PHOTIN

Seigneur, quand par le fer les choses sont vidées, La justice et le droit sont de vaines idées; Et qui veut être juste en de telles saisons Balance le pouvoir, et non pas les raisons. Voyez donc votre force; et regardez Pompée, Sa fortune abattue, et sa valeur trompée. César n'est pas le seul qu'il fuie en eet état : Il fuit et le reproche et les yeux du sénat. Dont plus de la moitié piteusement étale Une indigne curée aux vautours de Pharsale; Il fuit Rome perdue, il fuit tous les Romains, A qui par sa défaite il met les fers aux mains; Il fuit le désespoir des peufdes et des princes. Qui vengeraient sur lui le sang de leurs provinces. Leurs États et d'argent et d'hommes épuisés , Leurs trônes mis en cendre, et leurs sceptres brisés; Auteur des maux de tous, il est à tous en butte. Et fuit le monde entier écrasé sous sa chute.

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