‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 240 sur 594 · ACTE III» SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III» SCÈNE II

Ptisser en tyrannie , et s'armer contre vous...

CÉSAR

Tout beau : que votre haine en son sang assouvie N'aille point à sa gloire; il suffit de sa vie. N'avancez rien ici que Rome ose nier; Et justifiez-vous sans le calomnier.

PTOLOHÉE.

Je laisse donc aux dieux à juger ses pensées ,

Et dirai seulement qu'en vos guerres passées,

Où vous fûtes forcé par tant d'indignités.

Tous noâ vœux ont été pour vos prospérités;

Que, comme il vous traitait en mortel adversaire,

J'ai cru sa mort pour vous un malheur nécessaire;

Et que sa haine injuste, augmentant tous les jours,

Jusque dans les enfers chercherait du secours;

Ou qu*enfin, s'il tombait dessous votre puissance,

Il nous fallait, pour vous, craindre votre clémence;

Et que le sentiment d'un cœur trop généreux.

Usant mal de vos droits, vous rendit malheureux.

Ta! donc considéré qu'en ce péril extrême

Nous vous devions. Seigneur, servir malgré vous-même;

Et sans attendre d'ordre en cette occasion.

Mon zèle ardent l'a prise à ma confusion.

Vous m'en désavouez, vous l'imputez à crime :

Mais pour servir César rien n'est illégitime.

J'en al souillé mes mains pour vous en préserver :

Vous pouvez en jouir, et le désapprouver;

Et plus j'ai fait pour vous, plus l'action est noire,

Puisque c'est d'autant plus vous immoler ma gloire ,

Et que ce sacrifice , offert par mon devoir.

Vous assure la vôtre avec votre pouvoir.

CÉSAR

Vous cherchez, Ptolomée, avecque trop de ruses De mauvaises couleurs et de froides excuses. Votre zèle était faux, si seul il redoutait Ce que le monde entier à pleins vœux souhaitait : Et s'il TOUS a donné ces craintes trop subtiles. Qui m'ôtent tout le fruit de nos guerres civiles, Où rhonneur seul m'engage, et que pour terminer Je ne veux que celui de vaincre et pardonner, Où mes plus dangereux et plus grands adversaires,

308 POMPÉE

Sitôt qu'ils sont vaincus, ne sont plus que mes frères ;

Et mon ambition ne va qu'à les forcer,

Ayant dompté leur haine , à vivre et m'embrasser.

0 combien d'allégresse une si triste guerre

Aurait-elle laissé dessus toute la terre.

Si Rome avait pu voir marcher en même char.

Vainqueurs de leur discorde, et Pompée et César!

Voilà ces grands malheurs que craignait votre zèle.

0 crainte ridicule autant que criminelle !

Vous craigniez ma clémence ! ah ! n'ayez plus ce soin ;

Souhaitez-la plutôt, vous en avez besoin.

Si je n'avais égard qu'aux lois de la justice,

Je m'apaiserais Rome avec votre supplice,

Sans que ni vos respects, ni votre repentir.

Ni votre dignité, vous pussent garantir;

Votre trône lui-même en serait le théâtre :

Mais, voulant épargner le sang de Cléopâtre,

J'impute à vos flatteurs toute la trahison.

Et je veux voir comment vous m'en ferez raison ;

Suivant les sentiments dont vous serez capable.

Je saurai vous tenir innocent ou coupable.

Cependant à Pompée élevez des autels;

Rendez-lui les honneurs qu'on rend aux immortels;

Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes ;

Et surtout pensez bien au choix de vos victimes.

Allez y donner ordre, et me laissez ici

Entretenir les miens sur quelque autre souci.

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