ACTE IV, SCÈNE IV
Et digne du héros qui vous donna la main ! Ses mÂnes, qui du ciel ont tu de quel courage Je préparais la mienne à venger son outrage, Mettant leur haine bas, me sauvent aujourd'hui Par la moitié qu*en terre il nous laisse de lui. n lit, il vit encore en l'objet de sa flamme , U parle par sa bouche , il agit dans son âpie ; n la pousse, et l'oppose à cette indignité, Pour me vaincre par elle en générosité.
To te flatter, César, de mettre en ta croyance
Que la haine ait &it place à la reconnaissance :
Ne le présume plus ; le sang de mon époux
A rompu pour jamais tout commerce entre nous.
J'attends la liberté qu'ici tu m'as ofTerte ,
Afin de l'employer tout entière à ta perte;
Et je te chercherai partout des ennemis.
Si tu m'oses tenir ce que tu m'as promis.
Hais, avec cette soif que j'ai de ta ruine.
Je me jette au-devant du coup qui t'assassine.
Et forme des désirs avec trop de raison
Pour en aimer l'effet par une trahison :
Qui la sait et la souffre a part à l'infamie.
Si je veux ton trépas, c'est en juste ennemie :
Mon époux a des fils ; il aura des neveux :
Quand ils te combattront, c'est là que je le veux.
Et qu'une digne main par moi-même animée,
Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée,
Timmole noblement et par un digne effort
Aux mânes du héros dont tu venges la mort.
Tous mes soins, tous mes vœux, hâtent cette vengeance :
Ta perte la recule, et ton salut l'avance.
Quelque espoir qui d'ailleurs me l'ose ou puisse offrir,
Ma juste impatience aurait trop à souffrir :
La vengeance éloignée est à demi perdue ;
Et quand il faut l'attendre , elle est trop cher vendue.
Je n'irai point chercher sur les bords africains
Le foudre souhaité que je vois en tes mains;
La tète qu'il menace en doit être frappée.
J'ai pu donner la tienne au lieu d'elle à Pompée;
Ma haine avait le choix; mais cette haine enfin
32a POMPÉE.
Sépare son vainqueur d'avec son assassin.
Et ne croit avoir droit de punir ta victoire
Qu'après le châtiment d'une action si noire.
Rome le veut ainsi : son adorable front
Aurait de quoi rougir d'un trop honteux affront.
De voir en même jour, après tant de conquêtes,
Sous un indigne fer ses deux plus nobles têtes.
Son grand cœur, qu'à tes lois en vain tu crois soumis,
En veut aux criminels plus qu'à ses ennemis,
Et tiendrait à malheur le bien de se voir libre,
Si l'attentat du Nil affranchissait le Tibre.
Comme autre qu'un Romain n'a pu l'assujettir.
Autre aussi qu'un Romain ne l'en doit garantir.
Tu tomberais ici sans êtro sa victime ;
Au lieu d'un châtiment ta mort serait un crime;
Et, sans que tes pareils en conçussent d'effroi.
L'exemple que tu dois périrait avec toi.
Venge-la de l'Egypte à son appui &tale;
Et je la vengerai, si je puis, de Pharsale.
Va, ne perds point de temps, il presse. Adieu : tu peux
Te vanter qu'une fois j'ai fait pour toi des vœux.