‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 273 sur 594 · ACTE I, SC£NE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SC£NE III

La Cayeiir qu*on mérite est toujours achetée; L'heur en croit d'autant pius, moins elle est méritée: Et le bien où sans peine elle fait parvenir Par le mérite à peine aurait pu s'obtenir.

DORANTE

Aussi ne croyez pas que jamais je prétende

Obtenir par mérite une faveur si grande :

feu sais mieux le haut prix; et mon cœur amoureux,

Moins il s'en connaît digne, et plus s'en tient heureux,

On me l'a pu toujours dénier sans injure ;

Et si la recevant ce cœur même en murmure,

n se plaint du malheur de ses félicités.

Que le hasard lui donne, et non vos volontés.

Un amant a fort peu de quoi se satisfaire

Des faveurs qu'on lui fait sans dessein de les faire :

Comme l'intention seule en forme le prix ,

Assez souvent sans elle on les joint au mépris.

Jugez par là quel bien peut recevoir ma flamme

D'une main qu'on me donne en me refusant l'âme.

Je la tiens, je la touche , et je la touche en vain ,

Si je ne puis toucher le cœur avec la main.

CLARICE

Cette flamme. Monsieur, est pour moi fort nouvelle, Puisque j'en viens de voir la première étincelle. Si votre cœur ainsi s'embrase en un moment, Le mien ne sut jamais bnller si promptement; Mais peut-être, à présent que j'en suis avertie. Le temps donnera place à plus de sympathie. Confessez cependant qu'à tori vous murmurez Du mépris de vos feux, que j'avais ignorés.

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