‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 276 sur 594 · SCÈNE IV DORANTE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE IV DORANTE, CLITON

DORANTE

Suis4es, Gliton.

CLITON

J'en sais ce qu'on en peut savoir.

La langue du cocher a bien fait son devoir, c La plus belle des deux, dit-il, est ma maîtresse; Elle loge à la place , et son nom est Lucrèce. »

DORANTE

Quelle place?

CLITON

Royale , et l'autre y loge aussi. n n'en sait pas le nom, mais j'en prendrai souci»

DORANTE

Ne te mets point, Cliton, en peine de l'apprendre. Celle qui m'a parlé, celle qui m'a su prendre. C'est Lucrèce, ce l'est sans aucun contredit : Sa beauté m*en assure , et mon cœur me le dit.

CLITON

Quoique mon sentiment doive respect au vôtre , La plus belle des deux, je crois que ce soit l'autre.

DORANTE

Quoi ! celle qui s'est tue , et qui dans nos propos N'a jamais eu l'esprit de mêler quatre mots?

CLITON

Monsieur, quand une femme a le don de se taire. Elle a des qualités au-dessus du vulgaire. C'est un effort du ciel qu'on a peine à trouver ; Sans un petit miracle il ne peut l'achever; Et la nature souffre extrême violence Lorsqu'il en &it d'humeiu* à garder le silence. Pour moi , jamais l'amour n'inquiète mes nuits ; Et, quand le cœiu* m'en dit, j'en prends par où je puis. Mais, naturellement, femme qui se peut taire A sur moi tel pouvoir et tel droit de me plaire, Qu'eût-elle en vrai magot tout le corps fagoté. Je lui voudrais donner le prix de la beauté. C'est elle assurément qui s'appelle Lucrèce : Cherchez un autre nom pour l'objet qui vous blesse Ce n'est point Ih le sien : celle qui n'a dit mot. Monsieur, c'est la plus belle; ou je ne suis qu'un sot.

Je t'en crois sans jurer avec tes incartades.

Mais voici les plus chers de mes vieux camarades :

Ils semblent étonnés, à voir leur action.

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