‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 280 sur 594 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

DORANTE

J'ea montre plus de flamme, et j'en fais mieux ma cour.

CLITON

Qu*a de propre la guerre à montrer votre flamme?

DORANTE

0 le beau compliment à charmer une dame »

De lui dire d'abord : c J'apporte à vos beautés

c Un cœur nouveau venu des universités;

c Si vous avez besoin de lois et de rubriques ,

€ Je sais le Code entier avec les Authentiques,

€ Le Digeste nouveau, le vieux, l'Infortiat,

€ Ce qu'en a dit Jason, Balde, Accurse, Alciat! »

Qu'un si riche discours nous rend considérables !

Qu'on amoUit par là de cœurs inexorables !

Qu'un homme à paragraphe est un joli galant!

On s'introduit bien mieux à titre de vaillant;

Tout le secret ne glt qu'en un peu de grimace ,

A mentir à propos, jurer de t>onne grâce.

Étaler force mots qu'elles n'entendent pas ;

Faire sonner Lamboy, Jean de Vert, et Galas;

Nommer quelques châteaux de qui les noms barbares,

Plus ils blessent l'oreille, et plus ils semblent rares;

Avoir toujours en bouche angles, lignes, fossés.

Vedette, contrescarpe, et travaux avancés :

Sans ordre et sans raison, n'importe, on les étonne;

On leur fait admirer les baies qu'on leur donne :

Et tel, à la faveur d'un semblable débit.

Passe pour honune illustre, et se met en crédit.

CLITON

A qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire; Mais celle-ci bientôt peut savoir votre histoire.

DORANTE

J*aurai déjà gagné chez elle quelque accès ; Et, loin d'en redouter un msdheureux succès, Si jamais un fâcheux nous nuit par sa présence. Nous pourrons sous ces mots être d'intelligence. Voilà traiter l'amour, Ctiton , et comme il faut.

CLITON

A vous dire le vrai, je tombe de bien haut.

Hais parlons du festin : Urgandè et Hélusine

N'ont jamais sur-le-champ mieux fourni leur cuisine;

358 LE METÏTEUR.

Vous allez au delà de leurs enchantements : Vous seriez un grand mattre à fûre des romans; Ayant si bien en main le festin et la guerre. Vos gens en moins de rien ocmrraient toute la lerre. Et ce serait pour vous des travaux fort légers Que d'y mêler partout la pompe et les dangers. Ces hautes fictîoiis tous sont bien aaturdles.

DaaAiiTE. *

J'aime à braver ainsi les conteurs de nouvdles; Et sitôt que j*en vois quelqu'un s'imaginer Que ce qu'il veut m'apprendre a de quoi m*étomier, Je le sers anssitM d'un conte innginaire Qui l'étonné lutmèaie, et le force à se taire. Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lors De leur faire rentrer leurs nouvelles mu corps,-

CLITSN.

Je le juge asseï grand; mais enfin ces pratiques Vous couvriront de honte en devenant publiques*

DOaANTE.

N'en prends point de souci. Hais tous ces vuins discours M'empôdient de cherdiei* l'objet de mes amours; Tâchons de le rejoindre, et sache qu*à me suivre Je l'apprendrai bientdt d'autres façons de vivre.

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