‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 299 sur 594 · ACTE III, SCËNK III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCËNK III

Âlcippe cependant m'accuse d'inconstance , Me £sdt UDQ querelle où je ne comprends rien, l'ai, dit-il; toute nuit soufiert son entretien; n me parle de bal, de danse , de musique , D'une coUation superbe et magnifique , Servie à tant de plats, tant de fois redoublés. Que j'en ai la cervelle et les esprits troublés.

ISABELLE

Reconnaissez par là que Dorante vous aime.

Et que dans son amour son adresse est extrême :

n aura su qu' Alcippe était bien avec vous.

Et pour l'en éloigner il l'a rendu jaloux.

Soudain à cet effort il en a joint un autre :

n a fait que son père est venu voir le vôtre.

Un amant peut-il mieux agir en un moment

Que de gagner un père et brouiller l'autre amant?

Votre père l'agrée, et le sien vous souhaite;

n vous aime, il vous plaît, c'est une affaire faite,

GLARICE.

Elle est faite, de vrai« ce qu'elle se fera.

ISABELLE

Quoi! votre cœur se change, et désobéira?

CLARICE

Tu vas sortir de garde, et perdre tes mesures. Explique, si tu peux, encor ses imposture^ : n était marié sans que l'on en sût rien ; Et son père a repris sa parole du mien. Fort triste de visage et fort confus dans l'flme.

ISABELLE

Ah ! je dis à mon tour : Qu'il est fourbe, Madame !

C'est bien aimer la fourbe, et l'avoir bien en main ,

Que de prendre plaisir à fourber sans dessein.

Car, pour moi, plus j'y songe, et moins je puis comprendre

Quel fruit auprès de vous il en ose prétendre.

Hais qu'allez-vous donc faire? et pourquoi lui parler?

Est-ce à dessein d'en rire, ou de le quereller?

CLARIGE.

Je prendrai du plaisir du moins à le confondre.

ISABELLE

J'en prendrais davantage à le laisser morfondre.

CLARICE

Je veux Fentretenir par curiosité.

Mais j'entrevois quelqu'un dans cette obscurité. Et si c'était lui-môme, il pourrait me connaître : Entrons donc chez Lucrèce, allons à sa fenêtre, Puisque c'est sous son nom que je lui dois parler» Mon jaloux, après tout, sera mon pi»^er. Si sa mauvaise humeur déjà n'est apaisée, Sachant ce que je sais, la chose est fort aisée.

Page 1