‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 304 sur 594 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DORANTE, CLITON

CLITON

Eh bien ! vous le voyez , l'histoire est découverte.

DORANTE

Ah! Cliton! je me trouve à deux doigts de ma perte.

CLITON

Vous en aurez sans doute un plus heureux succès, Et vous avez gagné chez elle un grand accès. Mais je suis ce fâcheux qui nuis par ma présence ^ Et vous fais sous ces mots être d'intelligence^

Peut-être : qu'en crois-tu?

CLITON

Le peut-être est gaillard.

DORANTE

Penses-tu qu'après tout j'en quitte encor ma part, Et tienne tout perdu pour un peu de traverse?

CLITON

Si jamais cette part tombait dans le commerce, • Et qu'il vous Tint marchand pour ce trésor caché , Je vous conseillerais d'en faire bon marché.

DORANTE

Mais pourquoi si peu croire un feu si véritable?

CLITON

A chaque bout de champ vous mentez comme un diable.

DORANTE

Je disais vérité.

CLITON

Quand un menteur la dit.

En passant par sa bouche elle perd son crédit.

DORANTE

Il faut donc essayer si par quelque autre bouche Elle pourra trouver un accueil moins farouche. Allons sur le chevet rôver quelque moyen D'avoir de l'incrédule un plus doux entretien. Souvent leur beUe humeur suit le cours de la lune : Telle rend des mépris qui veut qu'on l'importune; Mais de quelques eflets que les siens soient suivis, Il fera demain jour, et la nuit porte avis.

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