SCÈNE III
DORANTE, CLITON
Il est mort! Quoi! Monsieur, vous m'en donnez aussi!
A moi , de votre cœur Tunique secrétaire ! A moi, de vos secrets le grand dépositaire ! Avec ces qualités j*avais lieu d'espérer Qu'assez malaisément je pourrais m'en parer.
DORANTE
Quoi ! mon combat te semble un conte imaginaire?
CLITON
Je croirai tout, Monsieur, pour ne vous pas déplaire; Mais vous en contez tant, à toute heure, en tous lieux, Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bons yeux. Maure, Juif, ou Chrétien, vous n'épargez personne.
DORANTE
Alcippe te surprend ! sa guérison t'étonne !
L'état où je le mis était fort périlleux;
Mais il est à présent des secrets merveilleux :
Ne t'a-t-on point parlé d'une source de vie.
Que nomment nos guerriers poudre de sympathie?
On en voit tous les jours des efTets étonnants.
CLITON
Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants; Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace, Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place, Qu'on a de deux grands coups percé de part en part. Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.
DORANTE
La poudre que tu dis n'est que de la commune; On n'en fait plus de cas : mais, Cliton, j'en sais une Qui rappelle si tôt des portes du trépas Qu'en moins d'un tourne-main on ne s'en souvient pas. Quiconque la sait fiadre a de grands avantages.
CLITON
Donnez-m'en le secret, et je vous sers sans gages.
DORANTE
Je te le donnerais, et tu serais heureux; Mais le secret consiste en quelques mots hébreux. Qui tous à prononcer sont si fort difliciles, Que ce serait pour toi des trésors inutiles.
CLITON
Vous savez donc l'hébreu?
DORANTE
L'hébreu! parfaitement: