‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 312 sur 594 · SCÈNE VI DORANTE, CLITON. SABINE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI DORANTE, CLITON. SABINE

DORANTE

Chère amie, hier au soir j'étais si transporté. Qu'en ce ravissement je ne pus me permettre De bien penser à toi quand j'eus lu celte lettre; Hais tu n'y perdras rien , et voici pour le port.

SABINE

Ne croyez pas, Monsieur...

DORANTE

Tiens.

SABINE

Vous me faites tort.

Je ne suis pas de...

Prends.

SABINE

Hé! Monsieur!

DORANTE

Prends, tedis-je; Je ne suis point ingrat alors que l'on m'oblige ; Dépêche, tends la main.

CLITON

Qu'elle y fait de façons !

Je lui veux par pitié donner quelques leçons. Chère amie, entre nous, toutes tes révérences En ces occasions ne sont qu'impertinences; Si ce n'est assez d'une, ouvre toutes les deux ; Le métier que tu fais ne veut point de honteux. Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre» Et que tenir vaut mieux mille fois que d'attendre. Cette pluie est fort douce; et, quand j'en vois pleuvoir, J'ouvrirais jusqu'au cœur pour la mieux recevoir. On prend à toutes mains dans le siècle où nous sommes, Et refuser n'est plus le vice des grands hommes.

Page 1