‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 316 sur 594 · SCÈNE VIll SABINE, LUCRÈCE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIll SABINE, LUCRÈCE

LUCRÈCE

Eh bien! que font conté le maître et le valet?

SABINE

Le maître et le valet m'ont dit la même chose : Le maître est tout à vous ; et voici de sa prose.

LUCRÈCE, tpràs tToir la.

Dorante avec chaleur fait le passionné : Mais le fourbe qu'il est nous en a trop donné ; Et je ne suis pas fille à croire ses paroles.

SABINE

Je ne les crois noii plus ; mais j'en crois ses pisloles.

LUCRÈCE

n Ta donc fait présent?

SABINE

Voyez.

LUCRÈCE

Et tu l'as pris?

SABINE

Pour vous ôter du trouble où flottent vos esprits , Et vous mieux témoigner ses flammes véritables, J'en ai pris les témoins les plus indubitables ; Et je remets. Madame, au jugement de tous Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous, Et si ce traitement marque une âme commune.

LUCRÈCE

Je ne m'oppose pas à ta bonne fortune ;

Mais, comme en l'acceptant tu sors de ton devoir,

Du moins une autre fois ne m'en fais rien savoir.

SABINE

Mais à ce libéral que pourrai-je promettre 1

LUCRÈCE

Dis-lui que, sans la voir, j'ai déchiré sa lettre.

SABINE

0 ma bonne fortune, où vous enfuyez-vous?

LUCRÈCE

Méles-y de ta part deux ou trois mots plus doux. Conte-lui dextremeut le naturel des femmes ; Dis-lui qu'avec le temps on amollit leurs âmes; Et l'avertis surtout des heures et des lieux Où par rencontre il peut se montrer à mes yeux. Parce qu'il est grand fourbe, il faut que je m'assure.

SABINE

Ah! si vous connaissiez les peines qu'il endure. Vous ne douteriez plus si son cœur est atteint; Toute nuit il soupire, il gémit, il se plaint.

LUCRÈCE

Pour apaiser les maux que cause cette plainte , Donne-lui de l'espoir avec beaucoup de crainte; Et sache entre les deux toujours le modérer. Sans m'engager à lui , ni le désespérer.

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