‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 325 sur 594 · ACTE V, SCENE Vî · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE Vî

LUCRÈCE, bas,àGlirice.

Quelques regards sur toi sont tombés par mégarde. Voyons s*il continue.

DORANTE, àQarice.

Ah! que loin de vos yeux Les moments à mon cœur deviennent ennuyeux ! Et que je reconnais par mon expérience Quel supplice aux amants est une, heure d*absenco!

CLARICE , bas, à Lner^.

D continue encor.*

LUCRÈCE, bis, & Glirice.

Mais vois. ce qu'il m'écrit.

CLARIGE, bas, & Lucrèce.

Mais écoute.

LUCRÈCE, bas, à Glarioe.

' Tu prends pour toi ce qu'il me dit.

CLARICE

(Bas, & Lucrèce.) (Haut, & Dorante.)

Éclaircissons-nous-en. Vous m'aimez donc, Dorante?

DORANTE, bas, à Glarice.

Hélas ! que cette amour vous est indifférente ! Depuis que vos regards m'ont mis sous votre loi...

CLARICE, bas , à Lncrice.

Crois-tu que le discours s'adresse encore à toi?

LUCRÈCE, bas, à Glarice.

Je ne sais où j'en suis.

glarice; bas, à Lacrèce.

Oyons la foYirbe entière.

LUCRÈCE, bas, à Glarice.

Vu ce que nous savons, elle est un. peu grossière.

CLARICE, bas, à Lucrèce.

C'est ainsi qu*il partage entre nous son amour; U te flatte de nuit, et m'en conte de jour.

DORANTE, & Glarice.

Vous consultez ensemble! Ah! quoi qu'elle vous die, Sm* de meilleurs conseils disposez de ma vie ; Le sien auprès de vous me serait trop fatal ; Elle a quelque sujet de me vouloir du mal.

LUCRÈCE, àpart.

Ah! je n'en ai que trop; et si je ne me venge...

GLARICE, à Dorante.

Ce qu'elle me disait est, de vrai, fort étrange.

DORANTE

C'est quelque invention de son esprit jaloux.

CLARICE

Je le crois : mais enfin me reconnaissez-vous?

DORANTE

Si je vous reconnais! quittez ces railleries, Vous que j'entretins hier dedans les Tuileries; Que je fis aussitôt maîtresse de mon sort,

CLARICE

Si je veux toutefois en croire son rapport. Pour une autre déjà votre àme inquiétée...

Pour une autre déjà je vous aurais quittée? Que plutôt à vos pieds mon cœur sacrifié...

CLARICE

Bien plus, si je la crois, vous êtes marié.

DORANTE

Vous me jouez , Madame : et , sans doute pour rire , Vous prenez du plaisir à m'entendre redire Qu'à dessein de mourir eh des liens si doux Je me fais marié pour toute autre que vous.

CLARICE

^ Mais avant qu'avec moi le nœud d'hymen vous lie , Vous serez maiùé, si Ton veut, en Turquie.

DORANTE

Avant qu'avec toute autre qn me puisse engager , Je serai marié, si Ton veut, en Alger.

CLARICE

Mais enfin vous n'avez que mépris pour Clarice.

DORANTE

Mais enfin vous savez le nœud de Tarlifice , Et que, pour être à vous> je fais ce que je puis.

CLARICE

Je ne sais plus moi-même à mon tour où j'en suis. Lucrèce , écoute un mot.

DORANTE, bas, à Gliton.

Lucrèce ! que dit-elle ?

C LIT ON, bas, à Dorante.

Vous en tenez, Monsieur : Lucrèce est la plus belle- Mais laquelle des deux? J'en ai le mieux jugé. Et vous auriez perdu si vous aviez gagné.

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