‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 329 sur 594 · EXAMEN DU MENTEUR · texte numérisé non relu

EXAMEN DU MENTEUR

Cette pièce est en partie traduite , en partie imitée de Tespagnol. Le sujet m'en semble si spirituel et si bien tourné, que j*ai dit souvent que je voudrais avoir donné les deux plus belles que j'aie faites , et qu^il fût de mon invention. On Ta attribué au fameux Lope de Vega; mais il m'est tombé depuis peu entre les mains un volume de don Juan d'AIarcon , où il prétend que cette comédie est à lui , et se plaint des imprimeurs qui l'ont fait courir sous le nom d*un autre. Si c'est son bien , je n'empêche pas qu'il ne s'en ressaisisse. De quelque main que parte cette comédie, il est constant qu'elle est très-ingénieuse; et je ii*ai rien vu dans cette langue qui m'ait satisfait davantage. J'ai tâché de la réduire à notre usage et dans nos règles ; mais il m'a fallu forcer mon aversion pour les à parte , dont je n'aurais pu la purger sans lui faire perdre une bonne partie de ses beautés. Je les ai faits le plus courts que j'ai pu , et je me les suis permis rarement , sans laisser deux acteurs ensemble qui s'entretiennent tout bas cependant que d'autres disent ce que ceux-là ne doivent pas écouter. Cette duplicité d'action partiôilière ne rompt point l'unité de la principale , mais elle gène un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'attacher, et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de donner à une. L'unité de lieu s'y trouve, et tout ce qui s'y passe dans Paris ; mais le premier acte est dans les Tuileries , et le reste à la Place Royale. Celle de jour n'y est pas forcée pourvu qu'on lui laisse les vingt-quatre heures oitières. Quant à celle d'action , je ne sais s*il n'y a point quelque diose à dire, en ce que Dorante aime Glarice dans toute la pièce , et épouse Lucrèce à la fin , qui par là ne répond pas à la protase. L'auteur espagnol lui donne ainsi le chauge pour punition de ses menteries , et le réduit à épouser par force cette Lucrèce qu'il n'aime point. Comme il se méprend toujours au nom , et qu'il croit que Glarice porte celui-là , il lui présente la main quand on lui a accordé l'autre, et dit hautement , lorsqu'on l'avertit de son erreur, que, s'il s'est trompé au nom, il ne se trompe point à la personne. Sur quoi, le père de

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