‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 356 sur 594 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Pour en craindre les maux que vous vous figurez? La couronne est à nous, et, sans lui faire injure, Sans manquer de respect aux droits de la nature, Chacun de nous à l'autre en peut céder sa part , Et rendre à votre choix ce qu'il doit au hasard. Qu'un si faible scrupule en notre faveur cesse : Votre inclination vaut bien un droit d'atnesse. Dont vous seriez traitée avec trop de rigueur, S'il se trouvait contraire aux vœux de votre cœur. On vous applaudirait quand vous seriez à plaindre ; Pour vous faire régner ce serait vous contraindre , Vous donner la couronne en vous tyrannisant , Et verser du poison sur ce noble présent. Au nom de ce beau feu qui tous deux nous consume^ Princesse, à notre espoir ôtez cette amertume; Et permettez que l'heur qui suivra votre époux Se puisse redoubler à le tenir de vous.

Ce beau feu vous aveugle autant comme il vous brûle ; Et, tâchant d'avancer, son effort vous recule. Vous croyez que ce choix que l'un et l'aufre attend Pourra faire un heureux sans faire un mécontent ; Et moi , quelque vertu que votre cœur prépare , Je crains d'en faire deux si le mien se déclare; Non que de l'un et l'autre il dédaigne les vœux; Je tiendrais h bonheur d'être à l'un de vous deux; Mais souffrez que je suive enfin ce qu'on m'ordonne : Je me mettrai trop haut s'il faut que je me donne ; Quoique aisément je cède aux ordres de mon roi, Il n'est pas bieh aisé de m'obtenir de moi. Savez-vous quels devoirs, quels travaux, quels services > Voudront de mon orgueil exiger les caprices? Par quels degrés de gloire on me peut mériter? En quels aflreux périls il faudra vous jeter? Ce cœur vous est acquis après le diadème. Princes; mais gardez-vous de le rendre à lui-même. Vous y renoncerez peut-être pour jamais , Quand je vous aurai dit à quel prix je le mets.

SÈLEUCUS.

Quels seront les devoirs, quels travaux, quels services Dont nous ne vous fassions d'amoureux sacrifices?

Et quels affreux périls pourron^nous redouter. Si c'est par ces degrés qu'on peut vous mériter ?

ANTIOCHUS

Princesse, ouvrez ce cœur, et jugez mieux du nôtre; Jugez mieux du beau feu qui brûle l'un et Fautre, Et dites hautement à quel prix votre choix Veut faire l'un de nous le plus heureux des rois.

BODOGUNE.

Princes, le voulez-vous?

ANTIOCHlfft.

C'est notre unique ravie.

Je verrai cette, ardeur d'un repentir suivie.

SÉLEUCUS

Avant ce repentir tous deux nous périrons.

Enfin vous le voulez?

SÉLEUCUS

Nous vous en conjurons.

Eh bien donc, il est temps de me faire connaître • J'obéis à mon roi, puisqu'un de vous doit l'être; Mais quand j'aurai parlé, si vous vous en plaignez» J'atteste tous les dieux que vous m'y contraignez , Et que c'est malgré moi qu'à moi-même rendue J'écoute une chaleur qui m'était défendue; Qu'un devoir rappelé me rend un souvenir Que la foi des traités ne doit plus retenir. Tremblez, princes, tremblez au nom de votre père; Il est mort, et pour moi, par les mains d'une mè^^' Je l'avais oublié, sujette à d'autres lois; Mais libre, je lui rends enfin ce que je dois. C'est à vous de choisir mon amour ou ma haine. J'aime les fils du roi, je hais ceux de la reine : Réglez-vous là-dessus; et, sans plus me presser. Voyez auquel des deux vous voulez renoncer. Il faut prendre parti; mon choix suivra le vôtre r Je respecte autant l'un que je déteste l'autre. Mais ce que j'aime en vous du sang de ce grand ro»» S'il n'est digne de lui, n'est pas digne de moi. * Ce sang que vous portez, ce trône qu'il vous lais3^'

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