‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 389 sur 594 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

De ce qu'on veut de moi par delà son mérite, Et que de tes projets son cœur triste et confus • Pour m'en faire justice approuve mes refus. Ce fils si vertueux d'un père si coupaW, S'il ne devait régner, me pourrait être aimable; Et cette grandeur même où tu veux le porter Est l'unique motif qui m'y fait résister. Après l'assassinat de ma famille entière. Quand tu ne m'as laissé père, mère , ni frère, Que j'en fasse ton fils légitime héritier! Que j'assure par là leur trône au meurtrier ! Non, non; si tu me crois le cœur si magnanime Qu'il ose séparer ses vertus de ton crime. Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd'hui Que ton fils sans le sceptre , ou le sceptre sans lui. Avise; et si tu crains qu'il te fût trop infâme De remettre l'empire en la main d'une femme , Tu peux dès aujourd'hui le voir mieux occupé. Le ciel me rend un frère à ta rage échappé; On dit qu'Héraclius est tout prêt de paraître : Tyran, descends du trône, et fais place à ton maître*

A ce compte, arrogante, 'un fantôme nouveau. Qu'un murmure confus fait sortir du tombeau , Te donne cette audace et cette confiance ! Ce bruit s'est fait déjà digne de ta croyance ; Mais...

PULGHÉRIE.

Je sais qu'il est faux; pour t'assurer ce rang Ta rage eut trop de soin de verser tout mon sang; Ibis la soif de ta perte en cette conjoncture Me fait aimer l'auteur d'une belle imposture. Au seul nom de Maurice il te fera trembler : Puisqu'il se dit son fils, il veut Jui ressembler; Et cette ressemblance où son courage aspire Mérite mieux que toi de gouverner l'empire. J'irai par mon suffrage affermir cette erreur, j

L'avouer pour mon frère et pour mon empereur, |

Et dedans son parti jeter tout l'avantage I

Du peuple convaincu par mon premier hommage. !

Toi, si quelque remords te donne un juste effroi, |

498 HÉRACLIUS

Sors du trône, et te laisse abuser comme moi : Prends cette occasion de te faire justice.

PHOCAS

Oui, je me la ferai bientôt par ton supplice : Ma bonté ne peut plus arrêter mon devoir; Ha patience a fait par delà son pouvoir. Qui se laisse outrager mérite qu'on Foutrage ; Et l'audace impunie enfle trop un courage. Tonne, menace, brave, espère en de faux bruits; Fortifie, affermis ceux qu'ils auront séduits; Dans ton âme à ton gré change ma destinée : Mais choisis pour demain la mort ou l'hjTiiénée.

PULCHÉRIE

n n'est pas pour ce choix besoin d'un grand effort A qui hait l'hyménée, et ne craint point la mort.

PHOCAS

Dis, si tu veux encor, que ton cœur le souhaite.

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