ACTE III, SCÈNE IL
MARTIAN
Vous le connaissez trop , puisque je vois ce traître.
EXUPÉRE.
Je sers mon empereur, et je sais mon devoir.
MARTIAN
Chacun te Favoûra; tu le fais assez voir.
PHOCAS
De grâce, éclaircissez ce que je vous propose. Ce billet à demi m*en dit bien quelque chose; Mais , Léonce , c'est peu si vous ne l'achevez.
Nommez-moi par mon nom, puisque vous le savez;
Dites Héraclius; il n'est plus de Léonce,
Et j'entends mon arrêt sans qu'on me le prononce.
PHOCAS
Tu peux bien t'y résoudre après ton vain effort Pour m'arracher le sceptre et conspirer ma mort.
MARTIAN
J*ai fait ce que j'ai dû. Vivre sous ta puissance, C'eût été démentir mon nom et ma naissance , Et ne point écouter le sang de mes parents , Qui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans. Quiconque pour l'empire eut la gloire de naître Renonce à cet honneur s'il peut souffrir un maître : Hors le trône ou la mort, il doit tout dédaigner; C'est un lâche, s'il n'ose ou se perdre ou régner. J'entends donc mon arrêt sans qu'op me le prononce. Héraclius mourra comme a vécu Léonce, Bon sujet, meilleur prince; et ma vie et ma mort Rempliront dignement et l'un et l'autre sort. La mort n'a rien d'affreux pour une âme bien née : A mes côtés pour toi je l'ai cent fois traînée ; Et mon dernier exploit contre tes ennemis Fut d'arrêter son bras qui tombait sur ton fils.
PHOCAS
Tu prends pour me toucher un mauvais artifice : Héraclius n'eut point de part à ce service ; J'en ai payé Léonce , à qui seul était dû L'inestimable honneur de me l'avoir rendu. Mais, sous des noms divers à soi-même contraire, Qui conserva le fils attente sur le père;
520 HËRACLIUS.
Et, se désavouant d'un aveugle secours, Sitôt qu'il se connaît, il en veut à mes jours. Je te devais sa vie , et je me dois justice. Léonce est effacé par le fils de Maurice. Contre un tel attentat rien n'est à balancer, Et je saurai punir comme récoinpenser.
MARTIAN
Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance ,
Pour en avoir conçu la honteuse espérance ;
Et suis trop au-dessus de cette indignité
Pom' te vouloir piquer de générosité.
Que ferais-tu pour moi de me laisser la vie,
Si pour moi sans le trône elle n'est qu'infamie?
Héraclius vivrait pour te faire la cour !
Rends-lui, rends-lui son sceptre, ou prive-le du jour.
Pour ton propre intérêt, sois juge incorruptible :
Ta vie avec la mienne est trop incompatible :
Un si grand ennemi ne peut être gagné.
Et je te punirais de m'avoir épargné.
Si de ton fils sauvé j'ai rappelé l'image.
J'ai voulu de Léonce étaler le courage,
Afin qu'en le voyant tu ne doutasses plus
Jusques où doit aller celui d'Héraclius.
Je me tiens plus heureux de périr en monarque,
Que de vivre en éclat sans en porter la marque;
Et puisque, pour jouir d'un si glorieux sort,
Je n'ai que ce moment qu'on destine à ma mort.
Je la rendrai si belle et si digne d'envie.
Que ce moment vaudra la plus illustre vie.
M'y faisant donc conduire, assure ton pouvoir,
Et délivre mes yeux de l'horreur de te voir.
PHOGAS.
Nous verrons la vertu de cette âme hautaine. Faites-le retirer en la chambre prochaine, Crispe; et qu'on me l'y garde, attendant que mon choix Pour punir son forfait vous donne d'autres lois.
MARTIAN, àPolchérie.
Adieu, Madame, adieu, je n'ai pu davantage.
Ma mort vous va laisser encor dans l'esclavage :
Le ciel par d'autres mains vous en daigne afiranchurf