ACTE III, SCENE IV
La ferons-nous secrète, ou bien à force ouverte? Prendrons-nous le plus sûr, ou le plus glorieux?
EXUPËRE.
Seigneur, n'en doutez point, le plus sûr vaut le mieux; Hais le plus sûr pour vous est que sa mort éclate , De peur qu'en l'ignorant le peuple ne se flatte, N'attende encor ce prince, et n'ait quelque raison De courir en aveugle à qui prendra son nom.
PHOCAS
Donc, pour ôter tout doute à cette populace. Nous enverrons sa tète au' milieu de la place.
EXUPÈRE
Hais si vous la coupez dedans votre palais. Ces obstinés mutins ne le croiront jamais; Et, sans que pas un d'eux à son erreur renonce, Ils diront xiu'on impute un faux nom à Léonce, Qu'on en fait un fantôme afin de les tromper. Prêts à suivre toujours qui voudra l'usurper.
PHOGAS.
Lors nous leur ferons voir ce billet de Maurice.
EXUPÈRE
Ils le tiendront pour faux, et pour un artifice :
Seigneur, après vingt ans vous espérez en vain
Que ce peuple ait dos yeux pour connaître sa main.
Si vous voulez calmer toute cette tempête,
Il faut en pleine place abattre cette tète ,
Et qu'il dise, en mourant, à ce peuple confus :
€ Peuple, n'en doute point, je suis Héraclius. »
PHOGAS.
n le faut, je l'avoue; et déjà je destine A ce même échafaud l'infâme Léonline.
Hais si ces insolents l'arrachent de nos mains?
EXUPÈRE
Qui l'osera, Seigneur?
PHOGAS.
Ce peuple que tu crains.
EXUPÈRE
Ah ! souvenez-vous mieux des désordres qu'enfante Dans un peuple sans chef la première épouvante. Le seul bruit de ce prince au palais arrêté Dispersera soudain chacun de son côté;
524 HÉRACLIUS
Les plus audacieux craindront votre justice , Et le reste en tremblant ira voir son supplice. Hais ne leur donnez pas, tardant trop à punir, Le temps de se remettre et de se réunir : Envoyez des soldats à chaque coin des rues; Saisissez l'Hippodrome avec ses avenues; Dans tous les lieux publics rendez-vous le plus fort. Pour nous, qu'un tel indice intéresse à sa mort» De peur que d'autres mains ne se laissent séduire, Jusques à l'échafaud laissez-nous le conduire. Nous aurons trop d'amis pour en venir à bout; J'en réponds sur ma tête, et j'aurai l'œil à-tout.
PHOCAS
C'en est trop, Exupère : allez, je m'abandonne
Aux fidèles conseils que votre ardeur me donne.
C'est l'unique moyen de dompter nos mutins.
Et d'éteindre à jamais ces troubles intestins.
Je vais , sans différer, pour cette grande alfaire
Donner à tous mes chefs un ordre nécessaire.
Vous, pour répondre aux soins que vous m'avez promis,
Allez de votre part assembler vos amis;
El croyez qu'après moi, jusqu'à ce que j'expire,
Ils seront, eux et vous, les maîtres de l'empire.