ACTE IV, SCÈNE VI
Il me parle, il m'écoute, il me croit; et lui-même Se livre entre mes mains, aide à mon stratagème. C'est par mes seuls conseils qu'il veut publiquement Du prince Héraclius faire le châtiment; Que sa milice, éparse à chaque coin des rues , A laissé du palais les portes presque nues : Je puis en un moment m'y rendre le plus fort; Mes amis sont tout prêts : c'en est fait, il est mort ; Et j'userai si bien de l'accès qu'il me donne , Qu'aux pieds d'Héraclius je mettrai sa couronne. Mais après mes desseins pleinement découverts, De grâce , faites-moi connaître qui je sers ; Et ne le cachez plus à ce cœur qui n'aspire Qu'à le rendre aujourd'hui maître de tout l'empire
LÉONTINE
Esprit lâche et grossier, quelle brutalité Te fait juger en moi tant de crédulité ? Va , d'un piège si lourd l'appât est inutile , Traître; et si tu n'as point de ruse plus subtile...
EXUPÈRE
Je vous dis vrai , Madame ; et vous dirai de plus...
LÉONTINE
Ne me fieds point ici de contes superflus : L'efiTet à tes discours 6te toute croyance.
EXUPÈRE
Eh bien ! demeurez donc dans votre défiance. Je ne demande plus, et ne vous dis plus rien; Gardez votre secret, je garderai le mien. Puisque je passe encor pour homme à vous séduire. Venez dans la prison où je vais vous conduire ; Si vous ne me croyez, craignez ce que je puis. Avant la fin du jour vous saurez qui je suis.
538 HÉRACLIUS