‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 459 sur 594 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CARLOS

Consens-tu qu'on diffère, honneur? le consens-tu? Cet ordre n'a-t-il rien qui souille ma vertu? N'ai-je point à rougir de cette déférence Que d'un combat illustre achète la licence? Tu murmures, ce semble? Achève; explique-toi. La reine a-t-elle droit de te faire la loi?

584 DON SANCÇE D'ARAGON.

Tu n'es point son sujet, FAragon m'a vu naître. 0 ciel ! je m'en souviens, et j'ose encor paraître? Et je puis, sous les noms de comte et de marquis, D'un malheureux pêcheur reconnaître le fils ! Honteuse obscurité, qui seule me fais craindre! Injurieux destin , qui seul me rends à plaindre ! Plus on m'en liait sortir, plus je crains d'y rentrer; Et crois ne t'avoir fui que pour te rencontrer. Ton cruel souvenir sans fin me persécute; Du rang où l'on m'élève il me montre la chute. Lasse-toi désormais de me faire trembler; Je parle à mon honneur, ne viens point le troubler. Laisse-le sans remords m*approcher des couronnes; Et ne viens point m'ôter plus que tu ne me donnes. Je n'ai plus rien à toi : la guerre a consumé Tout cet indigne sang dont tu m'avais formé; J'ai quitté jusqu'au nom que je tiens de ta haine. Et ne puis... Mais voici ma véritable reine.

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