‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 464 sur 594 · ACTE m, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE I

L'aTantage du change en ôte Finfamie.

Allez; n*en perdez pas la digne odcasion , Poursuivez-la sans honte et sans confusion. La légèreté même où tant d'honneur engage Est moins légèreté que grandeur de courage : Mais gardez que Carlos ne me venge de vous.

D. ALVAR

Ah! laissez-moi, Madame, adorer ce courroux. J'avais cru jusqu'ici mon combat magnanime ; Mais je suis trop heureux s'il passe pour un crime. Et si, quand de vos lois l'honneur me fait sortir. Vous m'estimez assez pour vous en ressentir. De ce crime vers vous quels que soient les supplices , Du moins il m'a valu plus que tous mes services. Puisqu'il me fait connaître, alors qu'il vous déplaît, Que vous daignez en moi prendre quelque intérêt.

D. ELVIRE

Le crime, don Alvar, dont je semble irritée, C'est qu'on me persécute après m'avoir quittée; Et, pour vous dire cncor quelque chose de plus. Je me fâche d'entendre accuser mes refus. Je suis reine sans sceptre, et n'en ai que le titre; Le pouvoir m'en est dû, le temps en est l'arbitre. Si vous m'avez servie en généreux amant Quand j'ai reçu du ciel le plus dur traitement, J'ai tâché d'y répondre avec toute l'estime Que pouvait en attendre un cœur si magnanime. Pouvais-je en cet exil davantage sur moi! Je ne veux point d'époux que je n'en fasse un roi ; Et je n'ai pas une âme assez basse et conmmne Pour en faire un appui de ma triste fortune. C'est chez moi, don Àlvar^ dans la pompe et l'éclat, Que me le doit choisir le bien de mon État. Il fallait arracher mon sceptre à mon rebelle , Le remettre en ma main pour le recevoir d'elle ; Je vous aurais peut-être alors considéré Plus que ne m'a permis un sort si déploré : Mais une occasion plus prompte et plus brillante A surpris cependant votre amour chancelante ; Et, soit que votre cœur s'y trouvât disposé, Soit qu'un si long refus Ty laissât exposé,

Je ne vous blâme point de Tavoir acceptée :

De plus constants que tous l'auraient bien écoutée.

Quelle qu*en soit pourtant la cause ou la couleur.

Tous pouviez Fembrasser avec moins de chaleur,

Combattre le dernier, et, par quelque apparence,

Témoigner que l'honneur vous faisait violence :

De cette illusion l'artifice secret

M'eût forcée à vous plaindre , et vous perdre à regret :

Mais courir au-devant, et vouloir bien qu'on voie

Que vos vœux mal reçus m'échappent avec joie...!

D. ALVAR

Vous auriez donc voulu que l'honneur d'un tel choix Eût montré votre amant le plus lâche des trois? Que pour lui cette gloire eût eu trop peu d'amorces, Jusqu'à ce qu'un rival eût épuisé ses forces? Que...

D. ELVIRE

Vous achèverez au sortir du combat , Si toutefois Carlos vous en laisse en état. Voilà vos deux rivaux avec qui je vous laisse , Et vous dirai demain pour qui je m'intéresse.

D. ALVAR

Hélas! pour le bien voir je n'ai que trop de jour. SCÈNE II

Page 1