‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 47 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Qu'il goûte sans rougir les fruits de sa victoire. Le comte eut de l'audace, il l'en a su punir : Il Ta lait en brave homme, et le doit maintenir.

D. FERNAND

Puisque vous le voulez, j'accorde qu'il le fasse : Mais d'un guerrier vaincu mille prendraient la place; Et le prix que Ghimène au vainqueur a promis De tous mes cavaliers ferait ses ennemis : L'opposer seul à tous serait trop d'injustice; D suÎBt qu'une fois il entre dans la lice. Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien; Mais après ce combat ne demande plus rien.

D. DIÉGUE.

N'excusez point par là ceux que son bras étonne ; Laissez un champ ouvert 'où n'entrera personne. Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui, Quel courage assez vain s'oserait prendre à luil Qui se hasarderait contre un tel adversaire? Qui serait ce vaillant ou bien ce téméraire?

D. SANGHE.

Faites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant; Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant. Accordez cette grâce à l'ardeur qui me presse. Madame, vous savez quelle est votre promesse.

D. FERNAND

Chimène, remets-tu ta querelle en sa main If

GHIMÈNE.

Sire, je l'ai promis.

' D. FERNAND

Soyez prêt à demain.

D. DIÈGUE

Non,. Sire, il ne faut pas diflférer davantage : On est toujours tout prêt quand on a du courage.

D. FERNAND

Sortir d'une bataille, et combattre à l'instant !

D. DIÈGUE

Rodrigue a pris haleine en vous la racontant.

D. FERNAND

Du moins une heure ou deux je veux qu'il se délasse; Mais de peur qu'en exemple un tel combat ne passe , Pour témoigner à tous qu'à regret je permets

58 LE GID.

Un sanglant procédé qui ne me plut jamais, De moi ni de ma cour il n*aura la présence.

(A D. Arias.)

Vous seul des combattants jugerez la vaillance. Ayez soin que tous deux fassent en gens de cœur, Et, le combat fini, m'amenez le vainqueur. Quel qu'il soit, même prix est acquis à sa peine; Je le veux de ma main présenter à Chimène, Et que pour récompense il reçoive sa foi.

CUIMÉNB.

Quoi! Sire, m'imposer une si dure loi!

D. FERNAND

Tu t'en plains; mais ton feu, loin d'avouer ta plainte. Si Rodrigue est vainqueur, l'accepte sans contrainte. Cesse de murmurer contre un arfêt si doux; Qui que ce soit des deux, j'en ferai ton époux.

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