ACTE IV, SCÈNE IL
C*est un miracle pur que le cours de sa vie. Cette haute vertu qui charme tant d'esprits , Cette flère valeur qui brave nos mépris , Ce port majestueux qui, tout inconnu même, A plus d'accès que nous auprès du diadème; Deux reines qu'à l'envi nous voyons l'estimer, Et qui peut-être ont peine à ne le pas aimer; Ce prompt consentement d'un peuple qui l'adore : Madame, après cela j'ose le dire encore. Ou le ciel pour jamais a repris ce héros. Ou cet illustre prince est le vaillant Carlos. Nous avons méprisé sa naissance inconnue ; Hais à ce peu de jour nous recouvrons la vue , Et verrions à regret qu'il fallût aujourd'hui Céder notre espérance à tout autre qu'à lui.
D. LÉONOR
n en a le mérite, et non pas la naissance; Et lui-même il en donne assez de connaissance , Abandonnant la reine à choisir parmi vous Un roi pour la CastiUe , et pour elle un époux.
D. MANRIQUE
Et ne voyez-vous pas que sa valeur s'apprête A faire sur tous trois cette illustre conquête? Oubliez-vous déjà qu'il a dit, à vos yeux. Qu'il ne veut rien devoir au nom de ses aïeux? Son grand cœur se dérobe à ce haut avantage , Pour devoir sa grandeur entière à son courage ; Dans une cour si belle et si pleine d'appas, Avez-vous remarqué qu'il aime en lieu plus bas?
D. LÉONOR
Le voici, nous saurons ce que lui-même en pense.