‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 478 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Je veux bien toutefois étouffer ce murmure ,

Comme de vos vertus une aimable imposture ,

Condamner, pour vous plaire, un bruit qui m'est si doux;

Hais où sera mon fils s'il ne vit point en vous?

On veut qu'il soit ici ; je n'en vois aucun signe :

On connaît, hormis vous, quiconque en serait digne;

Et le vrai sang des rois , sous le sort abattu ,

Peut cacher sa naissance, et non pas sa vertu :

n porte sur le front un luisant caractère

Qui parle malgré lui de tout ce qu'il veut taire;

Et celui que le ciel sur le vôtre avait mis

Pouvait seul m'éblouir, si vous l'eussiez permis.

Vous ne l'êtes donc point, puisque vous me le dites;

Mais vous êtes à craindre avec tant de mérites.

Souffrez que j'en demeure à cette obscurité.

Je ne condamne point votre témérité ;

Mon estime, au contraire, est pour vous si puissante,

Qu'il ne tiendra qu'à vous que mon cœur y consente :

Votre sang avec moi n'a qu'à se déclarer,

Et je vous donne après liberté d'espérer.

Que si même à ce prix vous cachez votre itice ,

Ne me refusez point du moins une autre grâce :

Ne vous préparez plus à nous accompagner;

Nous n'avons plus besoin de secours pour régner.

La mort de don Garcie a puni tous ses crimes,

Et rendu TÂragon à ses rois légitimes.

N*en cherchez plus la gloire ; et, quels que soient vos vœux ,

Ne me contraignez point à plus que je ne veux.

Le prix de la valeur doit avoir ses limites;

Et je vous crains enfin avec tant de mérites.

C'est assez vous en dire. Adieu : pensez-y bien ;

Et faite^vous connaître, ou n'aspirez à rien.

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