ACTE IV, SCÈNE IV
Je veux bien toutefois étouffer ce murmure ,
Comme de vos vertus une aimable imposture ,
Condamner, pour vous plaire, un bruit qui m'est si doux;
Hais où sera mon fils s'il ne vit point en vous?
On veut qu'il soit ici ; je n'en vois aucun signe :
On connaît, hormis vous, quiconque en serait digne;
Et le vrai sang des rois , sous le sort abattu ,
Peut cacher sa naissance, et non pas sa vertu :
n porte sur le front un luisant caractère
Qui parle malgré lui de tout ce qu'il veut taire;
Et celui que le ciel sur le vôtre avait mis
Pouvait seul m'éblouir, si vous l'eussiez permis.
Vous ne l'êtes donc point, puisque vous me le dites;
Mais vous êtes à craindre avec tant de mérites.
Souffrez que j'en demeure à cette obscurité.
Je ne condamne point votre témérité ;
Mon estime, au contraire, est pour vous si puissante,
Qu'il ne tiendra qu'à vous que mon cœur y consente :
Votre sang avec moi n'a qu'à se déclarer,
Et je vous donne après liberté d'espérer.
Que si même à ce prix vous cachez votre itice ,
Ne me refusez point du moins une autre grâce :
Ne vous préparez plus à nous accompagner;
Nous n'avons plus besoin de secours pour régner.
La mort de don Garcie a puni tous ses crimes,
Et rendu TÂragon à ses rois légitimes.
N*en cherchez plus la gloire ; et, quels que soient vos vœux ,
Ne me contraignez point à plus que je ne veux.
Le prix de la valeur doit avoir ses limites;
Et je vous crains enfin avec tant de mérites.
C'est assez vous en dire. Adieu : pensez-y bien ;
Et faite^vous connaître, ou n'aspirez à rien.