ACTE II, SCÈNE lU
PRUSIAS
Pour de pareils amis il faut se faire effort.
NICOMÈDE
Qui partage vos biens aspire à votre mort; Et de pareils amis, en bonne politique...
PRUSIAS
Ah! ne me brouillez point avec la république; Portez plus de respect à de tels alliés.
NICOMÈDE
Je ne puis voir sous eux les rois humiliés ; El, quel que soit ce fils que Rome vous renvoie. Seigneur, je lui rendrais son présent avec joie. S'il est si bien instruit en Fart de commander, C'est un rare trésor qu'elle devrait garder, Et conserver chez soi sa chère nourriture , Ou pour le consulat, ou pour la dictature.
PLAMINIUS, àPnisiu.
Seigneur, dans ce discours qui nous traite si mal, Vous voyez un effet des leçons d'Annibal; Ce perfide ennemi de la grandeur romaine N'en a mis en son cœur que mépris et que haine.
NICOMÈDE
Non; mais il m'a surtout laissé ferme en ce point, D'estimer beaucoup Rome , et ne la craindre point. On me croit son disciple , et je le tiens à gloire ; Et quand Flaminius attaque sa mémoire, Il doit savoir qu'un jour il me fera raison D'avoir réduit mon maître au secours du poison. Et n'oublier jamais qu'autrefois ce grand homme Commença par son père à triompher de Rome.
Ah ! c'est trop m'outrager,
NICOMÈDE
N'outragez plus les morts.
PRUSIAS
Et vous, ne cherchez point à former de discords; Parlez, et nettement, sur ce qu'il me propose.
NICOMÈDE
Eh bien ! s'il est besoin de répondre autre chose ,
Attale doit régner, Rome Ta résolu :
Et, puisqu'elle a partout un pouvoir absolu.
648 MCOMËDE.
C*cst aux rois d'obéir alors qu'elle commande. Âttale a le cœur grand, Tesprit grand, Tâme grande. Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi. Mais c'est trop que d'en croire un Romain sur sa foi. Par quelque grand effet voyons s'il en est digne : S'il a cette vertu, cette valeur insigne. Donnez-lui votre année, et voyons ces grands coups: Qu'il en fasse pour lui ce que j'ai fait pour vous ; Qu'il règne avec éclat sur sa propre conquête , Et que de sa victoire il couronne sa tôte. Je lui prête mon bras, et veux dès maintenant, S'il daigne s'en servir, être son lieutenant. L'exemple des Romains m'autorise à le faire ; Le fameux Scipion le fut bien de son frère ; Et, lorsque Ântiochus fut par eux détrôné. Sous les lois du plus jeune on vit marcher l'aîné. Les bords de l'Hellespont , ceux de la mer Egée , Le reste de l'Asie à nos côtés rangée. Offrent une matière à son ambition...
Rome prend tout ce reste en sa protection ; Et vous n'y pouvez plus étendre vos conquêtes Sans attirer sur vous d'effroyables tempêtes.
NICOMÉDE.
J'ignore sur ce point les volontés du roi : Mais peut-être qu'un jour je dépendrai de moi ; Et nous verrons alors l'effet de ces menaces. Vous pouvez cependant faire munir ces places, Préparer un obstacle à mes nouveaux desseins , Disposer de bonne heure un secours de Romains ; Et si Flaminius en est le capitaine , Nous pourrons lui trouver un lac de Trasimène.
PRUSIAS
Prince, vous abusez trop tôt de ma bonté. Le rang d'ambassadeur doit être respecté ; Et l'honneur souverain qu'ici je vous défère...
NICOMÉDE.
Ou laissez-moi parler. Sire, ou faites-moi taire; Je ne sais point répondre autrement pour un roi  qui dessus son trône on veut faire la loi.