‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 529 sur 594 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Un véritable roi n'est ni mari ni père ; Il regarde son trône, et rien de plus. Régnez; Rome vous craindra plus que vous ne la craignez. Malgré celte puissance et si vaste et si grande , Vous pouvez déjà voir comme elle m'appréhende > Combien en me perdant elle espère gagner. Parce qu'elle prévoit que je saurai régner.

PRUSIAS

Je règne donc, ingrat! puisque tu me l'ordoniies. Choisis, ou Laodice, ou mes quatre couronnes : Ton roi fait ce partage entre ton frère et toi ; Je ne suis plus ton père , obéis à ton roi.

NICOMÈDE

Si vous étiez aussi le roi de Laodice ,

Pour l'offrir à mon choix avec quelque justice,

Je vous demanderais le loisir d'y penser ;

Mais enfin, pour vous plaire, et ne pas ToOenser,

J'obéirai, Seigneur, sans répliques frivoles,

A vos intentions, et non à vos paroles.

A ce frère si cher transportez tous mes droits.

Et laissez Laodice en liberté du choix.

Voilà quel est le mien.

PRUSIAS

Quelle bassesse d'âme !

Quelle fureur t'aveugle eu faveur d'une femme ! Tu la préfères, lâche! à ces prix glorieux Que ta valeur unit au bien de tes aïeux ! Après cette infamie es-tu digne de vivre?

NICOMÈDE

Je crois que votre exemple est glorieux à suivre. Ne préférez-vous pas une femme à ce fils Par qui tous ces États aux vôtres sont unis?

PRUSIAS

Me vois-tu renoncer pour elle au diadème?

NICOMÈDE

Me voyez-vous pour l'autre y renoncer moi-même?

Que cédé-je à mon frère en cédant vos États?

Ai-je droit d'y prétendre avant votre trépas ?

Pardonnez-moi ce mot, il est fâcheux à dire.

Mais un monarque enfin comme un autre homme expire :

Et vos peuples alors, ayant besoin d'un roi,

672 NICOMEDE

Voudront choisir peut-être entre ce prince et moi. Seigneur, nous n*aYons pas si grande ressemblance, Qu'il faille de bons yeux pour y voir différence; Et ce vieux droit d'aînesse est souvent si puissant, Que pour remplir un trône il rappelle un absent. Que si leurs sentiments se règlent sur les vôtres. Sous le joug de vos lois j'en ai bien rangé d'autres ; Et, dussent vos Romains en être encor jaloux, Je ferai bien pour moi ce que j'ai fait pour vous.

PRUSIAS

J'y donnerai bon ordre.

NICOMËDE.

Oui, si leur artifice De votre sang par vous se fait un sacrifice : Autrement vos États à ce prince livrés Ne seront en ses mains qu'autant que vous vivrez. Ce n'est point en secret que je vous le déclare ; Je le dis à lui-môme, afin qu'il s'y prépare : Le voilà qui m'entend.

PRUSIAS

Va, sans verser mon sang, Je saurai bien, ingrat! l'assurer en ce rang; Et demain...

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