‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 542 sur 594 · ACTE V, SCÈNE VI. C · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI. C

Vous appelez cela fort peu de violence?

LAODICE

Nous nous entendons mal , Madame , et je le yoî ,

Ce que je dis pour tous, vous Texpliqucz pour moi.

Je suis hors de souci pour ce qui me regarde ;

Et je viens vous chercher pour vous prendre en ma garde >

Pour ne hasarder pas en vous la majesté

Au manque de respect d*un grand peuple irrité.

Faites venir le roi , rappelez votre Âttale ;

Que je coniserve en eux la dignité royale;

Ce peuple en sa fureur peut les connaître mal.

ARSINOÉ

Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal ! Vous, par qui seule ici tout ce désordre arrive; Vous, qui dans ce palais vous voyez ma captive; Vous , qui me répondrez au prix de votre sang De tout ce qu'un tel crime attente sur mon rang, Vous me parlez encor avec la même audace Que si j'avais besoin de vous demander grâce !

LAODICE

Vous obstiner. Madame, à me parler ainsi,

C'est ne vouloir pas voir que je commande ici ,

Que, quand il me plaira,. vous serez ma victime.

Et ne m'imputez point ce grand désordre à crime :

Votre peuple est coupable, et dans tous vos sujets

Ces cris séditieux sont autant de forfaits;

Hais pour moi, qui suis reine, et qui, dans nos querelles,

Pour triompher de vous, vous ai fait ces rebelles,

Par le droit de la guerre il fut toujours permis

D'allumer la révolte entre ses ennemis :

M^enlever mon époux, c'est vous faire la mienne.

ARSINOÉ

Je la suis donc. Madame; et, quoi qu'il en advienne. Si ce peuple une fois enfonce le palais. C'est fait de votre vie, et je vous le promets.

LAODICE

Vous tiendrez mal parole, ou bientôt sur ma tombe Tout le sang de vos rois servira d'hécatombe. Mais avez-vous encor parmi votre maison Quelque autre Métrobate, ou quelque autre Zenon? N'appréhendôz-vous point que tous vos domestiques

C84 NICOMÊDE.

Ne soient déjà gagnés par mes sourdes pratiqueslf

En savez-vous quelqu*un si prêt à se trahir,

Si las de voir le jour, que de vous obéir?

Je ne yeux point régner sur votre Bilbynie :

Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie ;

Et , pour voir tout d'un coup vos malheurs terminés,

Rendez-moi cet époux qu'en vain vous retenez.

ARSINOÉ

Sur le chemin de Rome il vous faut l'aller prendre; Flaminius l'y mène, et pourra vous le rendre : Mais hâtez-vous, de grâce, et £aites4)ien ramer. Car déjà sa galère a pris le large en mer.

LAODICE

Ah ! si je le croyais !•••

ARSINOÉ

N'en doutez point, IfodaiDe,

LAODICB.

Fuyez donc les fureurs qui saisissait mon âme : Après le coup fatal de cette indignité. Je n'ai plus ni respect ni générosité.

Mais plutôt demeurez pour me servir d'otage Jusqu'à ce que ma main de ses fers le dégage. J'irai jusque dans Rome en briser les liens, Avec tous vos sujets, avecque tous les nûens; Aussi bien Aimibal nommait une folie De présumer la vaincre ailleurs qu'en Italie. Je veux qu'elle me voie au cœur de ses États Soutenir ma fureur d'un million de bras; Et sous mon désespoir rangeant sa tyrannie.»*

ARSINOÉ

Vous voulez donc enfin régner en Bithynîeî

Et, dans cette fureur qui vous trouble aujourd'hui,

Le roi pourra soufirir que vous régniez pour lui!

LAODlCE..

J'y régnerai, Madame, et sans lui faire injure. Puisque le roi veut bien n'être roi qu'en peinture, Que lui doit importer qui donne ici la loi» Et qui règne pour lui , des R(Hnains ou de moi! Mais un second otage entre mes mains se jettes

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