ACTE V, SCÈNE V
CHIMÈNE
Ouand il sera vainqueur, crois-tu que je me rende? Mon devoir est trop fort» et ma perte trop grande; Et ce n*est pas assez pour leur faire la loi, Que celle du combat et le vouloir du roi. D peut vaincre don Sanche avec fort peu de peine. Mais non pas avec lui la gloire de Chimène ; Et, quoi qu'à sa victoire un monarque ait promis. Mon honneur lui fera mille autres ennemis.
ELVIRE
Gardez, pour vous punir de cet orgueil étrange, Que le ciel à la fin ne souffre qu'on vous venge. Quoi ! vous voulez encor refuser le bonheur De pouvoir maintenant vous taire avec honneur? Que prétend ce devoir, et qu'est-ce qu'il espère? La mort de votre amant vous rendra-t-elle un père? Est-ce trop peu pour vous que d'un coup de malheur? Faut-il perte sur perte, et douleur sur douleur? AUez, dans le caprice où votre humeur s'obstine Vous ne méritez pas l'amant qu'on vous destine ; Et nous verrons du ciel l'équitable courroux Vous laisser, par sa mort, don Sanche pour époux
CHIMÈNE
Elvîre , c'est assez des peines que j'endure , Ne les redouble point par ce funeste augure. Je veux, si je le puis, les éviter tous deux; Sinon , en ce combat Rodrigue a tous mes vœux : Non qu'une folle ardeur de son côté me penche ; . Mais, s'il était vaincu, je serais à don Sanche. Cette appréhension foit naître mon souhait... Que vois-je ! malheureuse ! Elvire, c'en est fait.