‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 562 sur 594 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

Je crois sur sa parole, et lui dois tout crédit :

Je sais donc votre amour. Mais tirez-moi de peine :

Par où prétendez-vous mériter une reine?

A quel titre lui plaire? et par quel charme, un jour.

Obliger sa couronne à payer votre amour?

PERPENNA

Par de sincères vœux, par d*assidus services,

Par de profonds respects, par d'humbles sacrifices;

Et si quelques effets peuvent justifier...

Eh bien! qu*ètes-vous prêt de lui sacrifier?

PERPENNA

Tous mes soins, tout mon sang, mon courage, ma vie.

VIRIATE

Pourriez-vous la servir dans une jalousie?

PERPENNA

Ah! Madame!...

VIRIATE

A ce mot, en vain le cœur vous bat; Elle n'est pas d'amour, elle n'est que d'État. J'ai de l'ambition , et mon orgueil de reine Ne peut voir sans chagrin une autre souveraine Qui, sur mon propre trône à mes yeux s'élevant, Jusque dans mes États prenne le pas devant. Sertorius y règne , et dans tout notre empire n dispense des lois où j'ai voulu souscrire. Je ne m'en rcpens point; il en a bien usé : Je rends grâces au ciel qui l'a favorisé. Mais, pour vous dire enfin de quoi je suis jalouse , Quel rang puis-je garder auprès de son épouse? Aristie y prétend, et l'offre qu'elle fait. Ou que l'on fait pour elle , en assure l'effet. Délivrez nos climats de cette vagabonde. Qui vient par son exil troubler un autre monde; Et forcez-la, ssftis bruit, d'honorer d'autres lieux De cet illustre objet qui me blesse les yeux. Assez d'autres États lui prêteront asile.

PERPENNA

Quoi que vous m'ordonniez, tout me sera facile ;

Mais quand Sertorius ne l'épousera pas»

Un autre hymen vous met dans le même embarras.

720 SERTORIUS

Et qu*importe, après tout, d'une autre, ou d'Aristie,

Si...

VIRIATE

Rompons, Perpenna, rompons cette partie; Donnons ordre au présent ; et quant à Tavenir, SuiTant l'occasion nous saurons y fournir. Le temps est un grand maître» il règle bien des choses. Enfin je suis jalouse, et vous en dis les causes. Voulez-vous me servir?

PERPENNA

Si je le veux? j'y cours, Madame , et meurs déjà d'y consacrer mes jours. Mais pourrai-je espérer que ce faible service Attirera sur moi quelque regard propice, Que le cœur attendri fera suivre...

VIRIATE

Arrêtez, Vous porteriez trop loin des vœux précipités. Sans doute un tel service aura droit de me plaire; Hais laissez-moi, de grâce, arbitre du salaire : Je ne suis point ingrate, et sais ce que je dois; Et c'est vous dire assez pour la première fois. Adieu.

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