SCÈNE I SERTORIUS, THAMIRE
SERTORIUS
Pourrai-je voir la reine?
THAMIRE
Attendant qu'elle vienne , Elle m'a commandé que je vous entretienne , Et veut demeurer seule encor quelques moments.
734 SERTORIUS
SERTORIUS
Ne m'apprendrez-YOUs point où vont ses sentiments. Ce que doit Perpenna concevoir d'espérance?
THAMIRE
Elle ne m'en fait pas beaucoup de confidence ; Mais j*ose présumer qu'offert de votre main Il aura peu de peine à flécliir son dédain. Vous pouvez tout sur elle.
SERTORIUS
Ah! j'y puis peu de chose, Si jusqu'à l'accepter mon malheur la dispose; Ou, pour en parler mieux, j'y puis trop, ou trop peu.
THAMIRE
Elle croit fort vous plaire en secondant son feu.
SERTORIUS
Me plaire?
THAMIRE
Oui : mais, Seigneur, d'où vient cette surprise? Et de quoi s'inquiète un cœur qui la méprise?
SERTORIUS
N'appelez point mépris un violent respect
Que sur mes plus doux vœux fait régner son aspect.
THAMIREé
n est peu de respects qui ressemblent au vôtre, S'il ne sait que trouver des raisons pour un autre; Et je préférerais un peu d*emportement Aux plus humbles devoirs d'un tel accablement.
SERTORIUS
Il n*en est rien parti capable de me nuire. Qu'un soupir échappé ne dût soudain détruire : Mais la reine, sensible à de nouveaux désirs, Entendait mes raisons, et non pas mes soupirs.
THAMIRE
Seigneur, quand un Romain, quand un héros soupire, Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire; Et je vous servirais de meilleur truchement, Si vous vous expliquiez un peu plus clairement. Je sais qu'en ce climat, que vous nommez barbare, L'amour par un soupir quelquefois se déclare : Hais la gloire, qui fait toutes vos passions, Vous met trop au-dessus de ces impressions;