‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 573 sur 594 · SCÈNE I SERTORIUS, THAMIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE I SERTORIUS, THAMIRE

SERTORIUS

Pourrai-je voir la reine?

THAMIRE

Attendant qu'elle vienne , Elle m'a commandé que je vous entretienne , Et veut demeurer seule encor quelques moments.

734 SERTORIUS

SERTORIUS

Ne m'apprendrez-YOUs point où vont ses sentiments. Ce que doit Perpenna concevoir d'espérance?

THAMIRE

Elle ne m'en fait pas beaucoup de confidence ; Mais j*ose présumer qu'offert de votre main Il aura peu de peine à flécliir son dédain. Vous pouvez tout sur elle.

SERTORIUS

Ah! j'y puis peu de chose, Si jusqu'à l'accepter mon malheur la dispose; Ou, pour en parler mieux, j'y puis trop, ou trop peu.

THAMIRE

Elle croit fort vous plaire en secondant son feu.

SERTORIUS

Me plaire?

THAMIRE

Oui : mais, Seigneur, d'où vient cette surprise? Et de quoi s'inquiète un cœur qui la méprise?

SERTORIUS

N'appelez point mépris un violent respect

Que sur mes plus doux vœux fait régner son aspect.

THAMIREé

n est peu de respects qui ressemblent au vôtre, S'il ne sait que trouver des raisons pour un autre; Et je préférerais un peu d*emportement Aux plus humbles devoirs d'un tel accablement.

SERTORIUS

Il n*en est rien parti capable de me nuire. Qu'un soupir échappé ne dût soudain détruire : Mais la reine, sensible à de nouveaux désirs, Entendait mes raisons, et non pas mes soupirs.

THAMIRE

Seigneur, quand un Romain, quand un héros soupire, Nous n'entendons pas bien ce qu'un soupir veut dire; Et je vous servirais de meilleur truchement, Si vous vous expliquiez un peu plus clairement. Je sais qu'en ce climat, que vous nommez barbare, L'amour par un soupir quelquefois se déclare : Hais la gloire, qui fait toutes vos passions, Vous met trop au-dessus de ces impressions;

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