FERNANO
Le temps assez souvent a rendu légitime Ce qui semblait d'abord ne se pouvoir sans crime. Rodrigue t'a gagnée, et tu dois être à lui; Hais, quoique sa valeur t'ait conquise aujourd'hui, n faudrait que je fusse ennemi de ta gloire Pour lui donner si tôt le prix de sa victoire. . Cet hymen différé ne rompt point une loi Qui, sans marquer de temps, lui destine ta foi. Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes. Rodrigue, cependant, il faut prendre les armes. Après avoir vaincu les Haures sur nos bords. Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts. Va jusqu*en leur pays leur reporter la guerre. Commander mon armée, et ravager leur terre. A ce seul nom de Cid ils trembleront d'effroi ; Ils t'ont nommé seigneur, et te voudront pour roi. Hais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle : Reviens-en , s'il se peut , encor plus digne d'elle ; Et par tes grands exploits fais-toi si bien priser. Qu'il lui soit glorieux alors de t'épouscr.
Pour posséder Chimène , et pour votre service , Que peut-on m'ordonner que mon bras n'accomplisse? Quoi qu'absent de ses yeux il me faille endurer. Sire, ce m'est trop d'heur de pouvoir espérer.