‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 80 sur 594 · SCÈNE VI HORACE, SABINE, CURIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI HORACE, SABINE, CURIACE, CAMILLE

CURIACE

Dieux! Sabine le suit! Pour ébranler mon cœur. Est-ce peu de Camille? y joignez-vous ma sœur? Et, laissant à ses pleurs vaincre ce grand courage, L'amenez^vous ici chercher même avantage?

SABINE

Non, non, mon frère, non, je ne viens en ce lieu

Que pour vous embrasser et pour vous dire adieu.

Votre sang est trop bon, n'en craignez rien de lâche i-

Rien dont la fermeté de ces grands cœurs se fâche :

Si ce malheur illustre ébranlait l'un de vous.

Je le désavoûrais pour frère ou pour époux.

Pourrai-je toutefois vous faire une prière

Digne d'un tel époux , et digne d'un tel frère ?

Je veux d*un coup si noble ôter l'impiété,

A l'honneur qui l'attend rendre sa pureté,

La mettre en son éclat sans mélange de crimes;

Enfin, je vous veux faire ennemis légitimes.

Du saint nœud qui vous joint je suis le seul lien

Quand je ne serai plus, vous ne vous serez rien.

Brisez votre alliance, et rompez-en la chaîne;

Et puisque votre honneur veut des effets de haine,

Achetez par ma mort le droit de vous haïr :

Âlbe le Teuty et Rome, il faut leur obéir.

Qu'un de vous d'eux me tue, et que l'autre me Tenge :

Alors votre combat n'aura plus rien d'étrange.

Et du moins l'un des deux sera juste agresseur,

Ou pour venger sa femme, ou poiu: venger sa sœur.

Mais quoi ! vous souilleriez une gloire si belle ,

Si vous vous animiez par quelque autre querelle :

Le zèle du pays vous défend de tels soins;

Vous feriez peu pour lui si vous vous étiez moins.

Il lui faut, et sans haine, iounoler un beau-frère.

Ne différez donc plus ce que vous devez faire ;

Commencez par sa sœur à répandre son sang.

Commencez par sa fenmie à lui percer le flanc,

Conunencez par Sabine à faire de vos vies

Un digne sacrifice à vos chères patries :

Vous êtes ennemis en ce combat fameux.

Vous d'AIbe, vous de Rome, et moi de toutes deux.

Quoi ! me réservez-vous à voir une victoire

Où, pour haut appareil d'une pompeuse gloire,

Je verrai les lauriers d'un frère ou d'un mari

Fumer encor d'un sang que j'aurai tant chéri?

Pourrai-je entre vous deux régler alors mon âme,

Satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme ,

Embrasser le vainqueur en pleurant le vaincu?

Non, non, avant ce coup Saiine aura vécu :

Ma mort le préviendra, de qui que je l'obtienne;

Le refus de vos mains y condamne la mienne.

Sus donc, qui vous retient? Allez, cœurs inhumains,

J'aurai trop de moyens poiur y forcer vos mains;

Vous ne les aurez point au combat occupées,

Que ce corps au milieu n'arrête vos épées;

Et, malgré vos refus, il faudra que leurs coups

Se fassent jour ici pour aller jusqu'à vous.

0 ma fenmie !

GURIAGE.

0 ma sœur !

Courage ! ils s'amollissent.

SABINE

Vous poussez des soupirs; vos visages pâlissent :

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