‹ Œuvres completes de P. CorneilleChapitre 88 sur 594 · SCÈNE III CAMILLE, SABINE, JULIE · texte numérisé non relu

SCÈNE III CAMILLE, SABINE, JULIE

SABINE

Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle.

CAMILLE

Je pense la savoir, s'il faut la nommer telle; On l'a dite à mon père, et j'étais avec lui : Mais je n'en conçois rien qui flatte mon ennui : Ce délai de nos maux rendra les coups plus rudes; Ce n'est qu'un plus long terme à nos inquiétudes; Et tout l'allégement qu'il eu faut espérer, C'est de pleurer plus tard ceux qu'il faudra pleurer.

SABINE

Les dieux n'ont point en vain inspiré ce tumulte.

Disons plutôt, ma sœur, qu'en vain on les consulte. Ces mêmes dieux à Tulle ont inspiré ce choix , Et la voix du public n'est pas toujours leur voix; Ils descendent bien moins dans de si bas étages, Que dans l'âme des rois, leurs vivantes images. De qui l'indépendante et sainte autorité Est un rayon secret de leur divinité.

JULIE

C'est vouloir sans raison vous former des obstacles Que de chercher leur voix ailleurs qu'en leurs oracles ; Et vous ne vous pouvez figurer tout perdu. Sans démentir celui qui vous fut hier rendu.

CAMILLE

Un oracle jamais ne se laisse comprendre :

On l'entend d'autant moins que plus on croit l'entendre;

Et, loin de s'assurer sur un pareil arrêt,

Page 1