‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 124 sur 227 · A LA SŒUR D'ASTRÉE · texte numérisé non relu

A LA SŒUR D'ASTRÉE

Printemps, fils du Soleil , que la terre, arrousée De la fertile humeur d'une douce rousée , Au milieu des œillets et des roses conceut ,

Suand Flore entre ses bras nourrice vous receut, aissez, croissez. Printemps, laissez-vous apparoistrc ; En voyant Isabeau, vous pourrez hdus cognoistre. Elle est vostre miroer, et deux lys assemblez Ne se ressemblent tant aue vous entre-semblez. Tous les deux n'estes qu un , c'est une mesme chose ; La rose que voicy ressemble à ceste rose , Le diamant à l'autre, et la fleur à la fleur; Le Printemps est le frère , Isabeau est la sœur.

On dit que le Printemps, pompeux de sa richesse, Orgueilleux de ses fleurs , enflé de sa jeunesse, Logé comme un grand prince en ses vertes maisons, Se vantoit le plus beau de toutes les saisons. Et, se glorifiant, le contoit à Zephvre.

Le Ciel en fut marry. qui soudain le vint dire A la mère Nature. Elle, pour r'abaisser L'ormieil de cet enfant, va par tout ramasser Les biens au'elle serroit de mainte en mainte année.

Ouand elle eut son espargne en son moule ordonnée, La fît fondre, et, versant ce qu'elle avoit de beau , Miracle! nous fit naistre une oelle Isabeau.

Belle Isabeau de nom, mais plus belle de face , De corps belle et d'esprit, des trois Grâces la grâce. Le Printemps estonne, qui si belle la voit , De vergongne la fièvre en son cœur il avoit ; Tout le sang luy bouillonne au plus creux de ses veines ; Il fit de ses deux yeux saillir mille fontaines , Souspirs dessus souspirs comme feu luy sortoient , Ses muscles et ses nerfs en son corps luy batoient; Il devint en jaunisse , et d'une obscure nue

ijé Sonnets

La face se voila, pour n'estre plus cognuë.

« Et quoy 1 disoit ce dieu de honte lîirieax, Ayant la honte au front et les larmes aux yeux, Je ne sers plus de rien , et ma beauté première. D'autre beauté vaincue , a perdu sa lumière ; Une autre tient ma place, et ses yeux en tout temps Font aux hommes sans moy tous les jours un printemps ; Et mesme le Soleil plus lonfi[uement retarde Ses chevaux sur la terre^ à fin qu'il la regarde. Il ne veut qu'à grand' peine entrer dedans la mer. Et. se faisant plus Aau, fait semblant de l'aimer. Elle m'a desrobé mes grâces les plus belles , Mes œillets et mes lys et mes roses nouvelles, Ma Jeunesse, mon teint, mon fard, ma nouveauté ; Et (liriez , en voyant une telle beauté , Que tout son corps ressemble une belle prairie De cent mille couleurs au mois d'avril fleurie. Bref, elle est toute belle, et rien je n'aperçoy Qui la puisse égaler, seule semblable à soy.

Le beau traict de son œil seulement ne me touche. Je n'ajme seulement ses cheveux et sa bouche. Sa main , qui peut d'un coup et blesser et guarir; Sur toutes ses beautez son sein me fait mourir. Cent fois ravy, je pense et si ne sçaurois dire De quelle veine fut emprunté le porphyre Et le marbre poli dont Amour l'a basti, Ny de quels beaux jardins cest œillet est sorti Qui donna la couleur i sa jeune mammelle , Dont le bouton ressemble une fraize nouvelle , Verdelet, pommelé, des Grâces le séjour.

Venus et ses enfans volent tout à l'entour.

La douce Mignardise et les douces Blanaices, Et tout cela qu'Amour inventa de Délices.

Je m'en vay furieux sans raison ny conseil.

Je ne sçaurois souffrir au monde mon pareil.»

Ainsi disoit ce dieu tout remply de vergogne. Voila pourquoy de nous si long temps il s élongne Craignant vostre beauté, dont il est surpassé;

POUR ASTRÉG. 277

Ayant quitté la place i l'Hyver tout ^acè.

Il n'ose retourner. Retourne, je te prie, Printemps, père desfleursi II faut gu'on te marie A la belle Uabeau , car vous appaner, C'est aux mesmes bieautez les beautez marier, Les fleurs avec les fleurs i de si belle alliance Naistra de siècle en siècle un Printemps en la France.

Pour douaire certain tous deux vous promettez De vous entre-donner vos fleurs et vos beautez, Alîn que vos beaux ans, en despit de vieillesse, Ainsi qu'un renouveau soient tousjours en jeunesse.

AD HELENEN.

NomenhabesHelenes, ethabespro nomine formant , Et; nisi casta fores, jatn qùoque rapta fores. Non Pans aut Theseos rueret, sed Juppiter in te ,

Factus olor, si te non generasset dor.

Stesichonis si te vidisset , non sua damnans

Lumina rapta sibi , sed quereretnr amans.

Certè non illo vates minor alter amando

Lumina te qoeritur nuper adempta sibi.

Causa novi melior vatis cnr lumina reddas.

Huic sua reddere vis fumina, redde tua.

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