‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 154 sur 227 · I. Sa fille la Philosophie · texte numérisé non relu

I. Sa fille la Philosophie

Ronsard, — I. xi

}}8 Sonnets

Icy ITionqeur de Dieu , îcv la pieté ,

La crainte de mal-faire et la peur d'inlisimîe:

Iqr un cœur constant , qu'on ne peut esbranler. Pource , en lieu de mon cœur, d'Heiene et de ma vie. Je te veux désormais ma Pandore appeler («>.

Yeux , qui versez en l'ame , ainsi que deux planettes. Un esprit qui pourroit ressusciter les morts, Je sça^ de quoy sont faits tous les membres du corps , Mais je ne puis sçavoir quelle chose vous estes.

Vous n'estes sang ny chair, et toutesfois vous faictes Des miracles en moy, par vos regards si forts (^) ; Si bien qu'en foudroyant les mien;& par le dehors , Dedans vous me tuez de cent mille sagettes.

Yeux, la forge d'Amour, Amour n'a point de traits

Sue les poignans esclairs qui sortent de vos rais , ont le momdre à l'instant toute Tame me sonde. Je suis, quand je les sens , de merveille ravy ; Quand je ne les sens plus en mon corps, je ne vy : Ils ont en moy l'effect qu'a le soleil au monde (c).

Comme un vieil combatant qui ne veut plus s'armer» Ayant le corps chargé de coups et de vieillesse» Regarde en s'esbatant l'olympique jeunesse Pleme d|un sang bouillant aux joustes escrimer ; Ainsi je regardois du jeune dieu d'aimer,

a. Var. :

Je te devrais plastost mon destin appeler.

b. Var. : tant vos regards sont forts.

€. Var. ;

Sans les sentir je meurs; soudain je suh rrfait Quand je les sens au cœur, ayans U mesme effect En moy, par leur chaleur, pi'a le soUil au monde.

Dieu qm combat toasjours par ruse et par finesse , Les gaillards champions, qui d'une chaude presse Se veulent en l'arène amoureuse enfermer ;

Quand tu fis reverdir mon escorce ridée DePésclair de tes yeux ((z), ainsi que lit Medée Par herbes et par jus le père deJason.

Je n'a^r contre ton charme opposé ma défense; Toutesfois je me deuls de r'entrer en enfance , Pour perdre tant de fois l'esprit et la raison.

Laisse de Pharaon la terre égyptienne , Terre de servitude , et vien sur le Jourdain ; Laisse moy ceste cour et tout ce fard mondain , Ta Circe, ta Sereine et ta magicienne.

Demeure en ta maison pour vivre toute tienne , Contente-toy de peu : l'âge s'enfuit soudain. Pour trouver ton repos n'atten point à demain ; N'atten point que l'nyver^ur les cheveux te vienne.

Tu ne vois à la cour que feintes et soupçons ; Tu vois tourner une heure en cent mille façons; Tu vois la vertu fausse et vraye la malice.

Laisse ces honneurs pleins d'un soin ambitieux; Tu ne verras aux champs que nymphes et que dieux, Je seray ton Orphée, et toy mon Eurydice.

Ces longues nuicts d'hyver, où la Lune ocieuse Tourne si lentement son char tout à l'entour, Où le coq si tardif nous annonce le jour, Où la nuict est année à l'ame soucieuse ,

Je fusse mort d'ennuy sans ta forme douteuse, Qui vient , ô doux remède , alléger mon amour. Et , faisant toute nue entre mes bras séjour, Rafraichit ma chaleur, bien qu'elle soit menteuse.

tf . Var. : De ta charmante wix.

^40 Sonnets

Vraye , ta es faroache et fiere en cruauté; On jouvst de ta feinte en toute privautés Près d elle je m'endors , près d'elle je repose (a) (i);

Rien ne m'est refusé. Le bon sommeil ainsi Abuse par le faux mon amoureux souci.

S'abuser en amour n'est pas mauvaise chose.

Çj uand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, ^Vi^Assisc auprès du feu , dévidant (6) et filant, Direz , chantant mes vers , et vous esmerveillant : Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle , Desja sous le labeur à demy sommeillant .

Qui; au bruit (c) de Ronsard, ne s'aille réveillant) Bénissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre, et, fantosme sans os. Par les ombres myrteux je prendray mon repos; Vous serez au fouyer une vieille accroupie.

Regrettant mon amour et vostre fier aesaain.

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain; Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie (2).

Page 1