‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 2)Chapitre 182 sur 227 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

D'autant que l'arroeance est pire que l'humblesse, Que les pompes et fards sont tousjours desplaisaos, Sue les riches habits d'artifice pesans e sont jamais si beaux que la pure simplesse ; D'autant que l'innocente et peu caute jeunesse D'une vierge vaut mieux, en la fleur de ses ans, Qu'une dame esponsée abondante en enfans , U^autant j'aime ma vierge, humble et jeune maistresse.

J'aime un bouton vermeil entr'escios au matin, Non la rose du soir^ qui au soleil se lâche , J'aime un corps de jeunesse en son printemps fleury;

J'aime une jeune bouche, un baiser enfantin Encore non souillé d'une rude moustache, Et qui n'a point senty le poil blanc d'un mary.

CHANSON II. (1578

Çj uiconque soit le peintre ^ui a fait ^^V—Amour oyseau et luy a feint des ailes , Celuy n'avoit auparavant pourtrait , Comme je croy , sinon des arondelles;

Voire, et pensoit en peienant ses tableaux, Quand à l'ouvrage il avoit la main preste , Qu'hommes et dieux n'estoient que des oiseaux, Aussi légers comme il avoit la teste.

L'Amour, qui tient serve ma liberté,

DIVERSES. ^8l

I N'est point oiseau : constante est sa demeure;

i II a du plomb qui le tient arresté

Ferme en mon cœur jusqu'à tant que je meure.

t II est sans plume . il n'a le dos ailé ,

Et tel le peindre il faut que ie le face :

S'il estoit prompt , de moy s en fust volé

I Depuis cinq ans, pour trouver autre place.

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