‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 115 sur 155 · AUX VERS PRECEDENTS · texte numérisé non relu

AUX VERS PRECEDENTS

Si chasteaux , si citez de marbres estofées , Si empires, si rois, si superbes trofées Vieillissent, je puis bien, en imitant le cours De nature, decroistre, et voir vieillir mes jours. H Je vous passe, mon Roy, de vingt et deux années; Mais les vostres seront si soudain retournées , Qu'au prix du long séjour que fait Teternité, Qui les siècles dévore en son infinité , Vmgt , trente , auarante ans accomparés , ressemblent Un grain prés d un monceau où tant de grains s'assemblent; Et qui meurt ce jourd'hay , soit riche ou souffreteux) Quant à Teternité , meurt à l'égal de ceux Qu'engloutit le Deluçe en Peau démesurée.

Tout terme qui finit n'a pas longue durée.

Et soit tost ou soit tard il taut voir te trespas , Et descendre au parquet des juges de là-bas.

•* Heureux, trois fois heureux, si vous aviez mon âge ! Vous seriez délivré de l'importune rage Des chaudes passions , dont l'homme ne vit franc Quand son gaillard printemps tuy eschauffe le saàg.

De là l'ambition , de là la convoitise , De là vient la chaleur que Venus nous attise, Et l'ire qui abbat le fort de la raison , Ennemis încognus du bon père grison.

fl Vous verriez, mon grand Prince, en barbe vénérable, Vostre race royale autour de vostre table , Comme jeunes lauriers ; et, monaraue puissant , Vous verriez dessous vous le peuple obéissant , Vostre espargne fournie , et vos villes françoises, Terres, havres et ports^ loin de civiles noises; Riche d'honneur, de paix et de biens plantureux , Et, vieillard, vous seriez plus qu'en jeunesse heureux.

Il ne faut estimer que la mère Nature Les saisons des humains ordonne à l'avanture , Comme un meschant comique en son théâtre fait Le premier acte bon, le dernier imparfait; Elle compose tout d'une meure sagesse ;

a6o Responce.

Si la jeunesse est bonne, aussi est la vieillesse.

La jeunesse est gaillarde et discourt librement , Vieillesse a la raison, Pesprit, le jugement; L'une a Topinion et l'autre la prudence ; L'une aime oiseaux et chiens, amour, chevaux et dance ;: L'autre aime le bon vin, le bon lict, le bon feu. Ainsi toute saison diffère de bien peu , Et presque Tune à l'autre à l'égal se rapporte ; Chacune a son plaisir, mais de diverse sorte.

Pourquoy en vous moquant me faictes^vous ce tort De m'appeler voisin des ombres de la mort {a) , Et de me peindre aux yeux une fin si prochaine , Quand de mon chaud esté je ne sors qu à jgrand peine , Je n'entre qu'en autonne , et ne puis arriver De quinze ou de seize ans aux jours de mon hyver , Et vous puis (si le ciel à ma vie est propice) Faire encore long temps agréable service ?

Et quand le corps seroit de trop d'âge donté , L'âge ne peut forcer la bonne volonté.

De force et de vigueur mal-gré moy je vous cède; Vous possédez la fleur, l'escorce je possède ; Et je vous cède encore en généreux esprit, Qui m'apjpelle au combat par un royal escrit.

Et bref, s'il vous plaisoit un peu prendre la peine De courtiser la Muse , et boire en ia fontaine Fille de ce cheval qui fist sourcer le mont.

Tout seul vous raviriez les lauriers de mon front (b)^ Un second roy François (i) : de là viendroitma gloire : Estre vaincu d^in roi, c'est gaigner la victoire.

«. Var. (1587):

De m'appeller sqaclHe a Vamt delà mort»

t. Var, :

?m baigne d'Helicon les vergers et le mont, ont seul vous porteriez les lauriers sur le front, I . Il le compare à François 1^'.

Autres vers du roy Charles IX. 261 AUTRES VERS DU ROY CHARLES IX

A RONSARD (i).

Ton esprit est, Ronsard^ plus gaillard que le mien ; Mais mon corps estplus jeune et plus fort que le tien ; Par ainsy je conclu qu'en sçavoir tu me passe D'autant que mon printemps tes cheveux gris efface.

L'art de faire des vers^ deust on s'en indigner, Doit estre à plus haut prix que celuy de régner. Tous deux également nous portons des couronnes ; Mais, roy, je la reçus ; poète , tu la donnes. Ton esprit, enflammé d une céleste ardeur, Esclatte par soy-mesme , et moy par ma grandeur. Si du costé des Dieux je cherche l'advantage , Ronsard est leur mignon et je suis leur image. Ta lyre, qui ravit par de si doux accords , Te soumet les esprits dont je n'ay que les corps ; Elle t'en rend le maistre, et te fait introduire Où le plus fier tyran n'a jamais eu d'empire ; Elle amollit les cœurs et soumet la beauté :

Je puis donner la mort, toi l'immortalité.

I . J*ai pris ces vers dans Us Poètes françois depuis le douzième siècle jusqu*à Malherbe (Paris, Crapelet, 1824, 6 vol. in-8). L'abbé Goujet, dans sa Bibliothèque françoise (art. Ronsard), en cite une partie. Ils ont été envoyés à Timpératrice de Russie Catherine II par M. de Meilhan, qui les avoit probablement retrouvés le premier.

Charles IX n'avoit, dit-on, que quatorze ans quand il composa les deux pièces précédentes. Celle-ci vaut beaucoup mieux ; elle est même si belle que je crains qu'elle ne soit apocryphe. On remarquera qu'elle commence par un quatrain qui termine les vers de La page 258. P. B.

LE

BOCAGE ROYAL

GentiUhomme vendomots

DÉDIÉ A HENRY III Roy de France et de Pologne

Non quiyis yidet immodulata poimata judex

LES RBMARQJUIS SONT Dl P. OB MARCASSUS

Comme un Seigneur praticq et soigneux du mesnage Regarde en sa forest ou dedans son bocage Mille arbres différents de fueilles et de fruict : L'un pour Touvrage est bon, Tautre, indocile, fuit La main de Tartizan ; l'autre , dur de racine ^ Tantost va voir la guerre , et tantost la marine ; L'autre est gresle et chancelle, et l'autre, spacieux, Ses bras durs et fueillus envoyé jusqu'aux cieux : Ainsi dans ce Bocage on voit de toutes sortes D'arguments différents, comme tu les apportes, O Muse! au laboureur qui sçaitbien défricher Ton domaine , et, suant, le cercler et bêcher. Prodiguant tes presens à celuy qui s'employe.

Stace entre les Romains nous en monstra la voye , Combien qu'il fust sans art , de fureur transporté , Beaucoup plus ampoullé que plein de majesté ; Car tous ceux qu'on oyt braire et heurter à la porte Des Muses n'entrent pas en leur temple , de sorte Qu'il faut par long travail se purger et lustrer De nuict en leur fontaine avant que d'y entrer, S'initier novice en leur dance privée :

Le labeur assidu force toute corvée.

LE

BOCAGE ROYAL

CONSACRÉ A HENRY III Roy de France et de Pologne

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