‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 117 sur 155 · I. Il exprime sa foreur poétique · texte numérisé non relu

I. Il exprime sa foreur poétique

266 Le Bocage royal.

Sur le haut des citez une femme debout (<)»

Qui voit tout, qui oyt tout et qui déclare tout ; elle a cent veux au front , cent aureilles en teste : Dans Jes voûtes du ciel son visage elle arreste , Et de ses pieds en terre elle presse les monts y Une trompette enflant de ses larges poumons.

Je voy le peuple à foule accourir auprès d'elle : Le peuple volontiers se paist d'une nouvelle; Elle va commencer, il m'en faut approcher :

Le temps ne se doit perdre , il n'y a rien si cher.

Peuples qui m'escoutez, pendus à ma parole, N'estimez mes propos d'une femme qui vole; Mais que chacun y donne aussi ferme crédit Que si les chesnes vieux d'Epire(2} l'avoient dit. '

L.a déesse (3) ennemie aux testes trop superbes , Qui les grandeurs égale à la basseur des herbes, Qui dedaiffne la pompe et le fard des humains , A chastié l'orgueil des François par leurs mains.

Eux , arrogans de voir leurs voiles trop enflées, Du vent de la fortune heureusement soufflées , D'abonder insolens en succez de bon-heur, D'obscurcir leurs voisins d'empires et d'honneur, Geans contre le Ciel , d'une audace trop grande, N'avoient crainte de Dieu oui aux sceptres commande , Ains contre sa grandeur obstinant le sourcy, A voient contre sa main le courage endurcy.

Quand la bonne Adrastie, en vengeant telle injure ; Citez contre citez de factions conjure (4), Fit le soc et le contre en armes transformer, De leurs vaisseaux rompus pava toute la mer,

1 . Il descrit la Renommée comme Virgile au quatriesmc de son Enéide.

2. Il y avoit une forest dans TEpire où les colombes rendoient les oracles sur les chesnes.

3. Nemesis, qui avoit la charge de punir l'orgueil et Tinsolence des hommes.

4. Il entend les guerres civiles qui furent depuis la mort de Charles IX.

Le Bocage royal. 267

Les plaines de leurs os, renversa leurs murailles, Et mit leur propre glaive en leurs propres entrailles , Si oue leur sang vint ans aux meurtres a foumy, Et David ne vit oncq son peuple si puny.

Maintenant la déesse, encline à leur prière.

Douce, ne jette plus leurs plaintes en arrière (i), Ains, pourguarir nos maux, nous fait présent d'un roy (>) Qu'en lieu de Jupiter le ciel voudroit pour soy ; Qui par mille vertus en son ame logées Des roys ses devanciers les fautes a purgé es Ainsi qu'une victime expiant le forfait Que le peuple a commis , et qu'elle n'a pas fait.

fclncor' que la nature en naissant l'ait tait prince , Monarque d'une grande et fertile province ; Qu'il ait dès son enfance avec le laict succé L/honneur qui son renom aux astres a poussé , Voire et que sa vertu , qui la terre environne , Luy mette sur le front une double couronne (3) : Encor qu'en sa jeunesse , avant que son menton Se frisast de la fleur de son premier cotton , Ait (chargé du harnois) deux batailles gaignées (4), Remis sur les autels les messes dédaignées , Rendu la révérence aux images brisez , Assemblé en accord ses peuples divisez , Et, sans bouffir son cœur d une noire colère, A tous se soit monstre non pas prince , mais père , Il ne doit se fascher si le publique son De ma trompe luy chante encore une chanson.

Le prince généreux doit les aureilles tendre , Et d'ire ne s'enfler quand on le veut apprendre. Dieu ne se voit jamais par la faute assaillir; Le naturel de l'homme est souvent de faillir.

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